Lors du scrutin municipal qui s’est tenu au début du mois de novembre à Montréal, Younes Boukala et Abdelhak Sari ont été réélus conseiller dans leurs arrondissements respectifs. Un gage de confiance pour ces deux hommes politiques de bords opposés mais que leur origine marocaine – ainsi que plusieurs éléments de parcours et de programme – rapproche.

“On peut fermer les parlements québécois et canadien pendant un mois, mais on ne peut pas fermer la municipalité pendant une journée”, lance Abdelhak Sari, depuis son bureau implanté à Montréal-Nord. Ce membre d’Ensemble Montréal (opposition, centre droit) vient d’être réélu au poste de conseiller municipal dans cet arrondissement considéré comme le plus multiethnique de la mégapole québecoise.

Fort de ses expériences multiples dans le secteur privé, mais aussi à différents niveaux de pouvoir dans le public, ce père d’un enfant de neuf ans est convaincu que c’est à l’échelon local qu’on peut réellement changer les choses. “Les services sont nombreux, avec les parcs, les bibliothèques, les transports… La ville a un rôle important dans la gouvernance de proximité”, développe ce Rbati d’origine, qui a traversé l’Atlantique en 2002 pour poursuivre ses études.

Cette passion pour la relation de proximité, c’est également ce qui anime Younes Boukala. Lui est né à Nador, dans le Rif, mais il est arrivé à Montréal beaucoup plus tôt, à l’âge d’un an. Candidat à Lachine, son quartier d’enfance et de vie situé dans le sud-ouest montréalais, il est devenu en 2017 le plus jeune conseiller municipal jamais nommé dans la métropole, à seulement 22 ans.

Porté une nouvelle fois par l’assentiment des électeurs, Younes est toujours le benjamin des élus. Pour lui, le signal envoyé est fort. “C’est un message à la jeunesse issue de la diversité. C’est une communauté importante à Montréal et elle n’a pas encore assez de représentants, même si cela tend à changer !”, s’enthousiasme-t-il.

Engagements

L’un vient des sciences politiques, l’autre de l’ingénierie, mais une maîtrise en administration des affaires les réunit. Ce diplôme, Younes Boukala est en train de l’obtenir, tandis qu’Abdelhak Sari l’a décroché il y a plus de quinze ans.

Aujourd’hui, les deux personnages sont très occupés. L’aîné enseigne le management à l’École des sciences de gestion de l’université du Québec à Montréal (ESG-Uqam). Il est également entrepreneur et vice-président de l’association Soleil des orphelins. Un poste qui lui permet de maintenir ses attaches avec le Maroc tout en aidant son prochain. “Nous offrons du soutien scolaire et un parrainage à des orphelins du Maghreb. On tisse des liens et ça me donne du sens”, témoigne-t-il.

Abdelhak Sari est enseignant et entrepreneur (crédit : DR).

De son côté, le puîné s’oriente vers une carrière de diplomate. En 2016, il participe en tant qu’Ambassadeur jeunesse au 375e anniversaire de la ville, découvrant ainsi la politique municipale… et surtout l’équipe de la mairesse Valérie Plante (leader de Projet Montréal, étiqueté au centre gauche de l’échiquier). “Elle est humaine et accorde une vraie importance aux citoyens”, met en avant le militant.

Depuis 2020, il est président de la Commission des jeunes élues et élus à l’Union des municipalités du Québec (UMQ). “Nous voulons inciter les jeunes à s’investir en politique, à participer électoralement”, plaide-t-il. Un engagement qu’il poursuit jusque dans son arrondissement, où il a créé un conseil jeunesse pour que les 15-25 ans puissent donner leur avis et faire part de leurs recommandations.

Solidarités

S’il ne réside pas dans sa circonscription électorale, Abdelhak Sari y est très attaché. “C’est un bel endroit, qui longe la Rivière des prairies. Il est réputé pour son entraide, mais aussi pour avoir enregistré le plus haut taux de contamination à la Covid-19, déplore-t-il.

Il faudrait aussi que tout le monde puisse avoir un logement. Beaucoup de familles d’immigrés vivent dans des habitats insalubres.

Younes Boukala

Ce triste résultat est lié à une forte pauvreté, à une densité de population élevée, à l’absence d’hôpital, mais aussi à la grande proportion de travailleurs en première ligne face à la pandémie. Une réalité que celui qui met l’accent sur les enjeux liés à la sécurité publique et à la violence de rue veut changer. “Durant la première vague, j’ai donné mon salaire et distribué des paniers aux personnes âgées”, affirme-t-il.

À Montréal-Nord, il voit un potentiel commercial et économique fort. “Il va y avoir beaucoup de nouveautés dans les transports en commun et au niveau des pistes cyclables, ce qui va dynamiser le secteur”, positive le conseiller.

Younes Boukala aimerait lui aussi que les transports en commun se développent afin de soutenir les familles précaires de Lachine. “Il faudrait également que tout le monde puisse avoir un logement. Beaucoup de familles d’immigrés vivent dans des habitats insalubres”, dénonce-t-il.

Parcours croisés

  • Abdelhak Sari 

1996 : Obtient un diplôme de technicien spécialisé en système d’information à l’Institut spécialisé de technologie appliquée de Rabat.

2007 : Commence l’enseignement à l’École des sciences de gestion à l’université du Québec à Montréal.

2011 : Poursuit des études doctorales en administration des affaires (ESG-Uqam).

2014 : Devient président du conseil d’administration puis vice-président de l’association Soleil des orphelins.

2017 : Est élu conseiller municipal à Montréal-Nord (district Marie-Clarac) et nommé vice-président de la Commission de la sécurité publique.

  • Younes Boukala

2016 : Est nommé ambassadeur jeunesse de Lachine.

2017 : Est élu conseiller municipal à Lachine (district J.-Émery-Provost).

2020 : Devient président de la Commission des jeunes élues et élus de l’Union des municipalités du Québec, à laquelle il siège depuis 2018.

2020 : Décroche son baccalauréat (équivalent de la licence) en sciences politiques et de gouvernement.

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