Après plusieurs années d’allers-retours entre son Maroc natal et l’Europe, Soumaya Chakir a finir par être gagnée par la nostalgie. Pour tromper sa mélancolie, mais aussi pour donner aux Marocains du monde l’envie d’explorer leur pays, elle a conçu depuis Paris un jeu de société dédié au royaume.

Soumaya Chakir attend de décrocher son bachelor en relations internationales à l’université Al Akhawayn, à Ifrane, avant de quitter ses parents, son frère et son pays. Direction les Pays-Bas, où elle commence un master en communication à la faculté d’Amsterdam. À son arrivée, le choc est un peu rude : cette native d’Agadir ne connaît “rien du pays”, y compris sa langue.

En grande habituée des voyages, elle s’adapte vite. “C’est ma mère, ex-diplomate notamment à New York, qui m’a transmis le virus, raconte-t-elle. Plus jeune, mes parents m’emmenaient partout. En Californie chez ma tante, en Espagne, en Italie… J’ai aussi fait un échange universitaire en Finlande. Bouger, j’adore ça !”

Alors, après Amsterdam, l’ancienne élève du lycée français Paul Gauguin de la capitale du Sousse s’installe à Paris, où elle intègre l’École de guerre économique. Son MBA décroché, elle travaille quelque temps dans la capitale, au sein d’une start-up du monde digital. Lorsqu’une opportunité professionnelle se présente à Casablanca, elle n’hésite pas une seule seconde et rentre au Maroc accompagnée par son mari.

Dans la Ville blanche, elle est chargée des partenariats internationaux au sein d’une entreprise active dans le secteur de la santé. Et puis, trois ans plus tard, c’est l’inverse qui se produit. Son époux, français, ne peut refuser une offre à Paris. Le couple refait des valises et les posent, de nouveau, dans l’Hexagone. “J’ai quitté mon métier à grands regrets. On était bien à Casa… confie-t-elle. Mais je ne pouvais pas dire non. Chacun son tour !”

Entre découverte et nostalgie

Aujourd’hui, à 39 ans, Soumaya n’a aucun regret. Car c’est ce nouvel exil qui lui a permis d’imaginer “Le Maroc en couleurs”. Sorti en mai dernier dans le royaume et en septembre en France, ce jeu contient 200 cartes, rassemblant 400 questions classées en trois thèmes – “Histoire et Nature”, “Saveurs et Traditions”, “Art et Sport” – avec deux niveaux de difficulté – ”Explorateur” et “Haj”.

L’idée d’un quizz dédié au patrimoine marocain lui est venue il y a déjà quelques années, tandis qu’elle parcourait le Vieux Continent. La jeune femme remarque alors que chaque pays possède des jeux mettant en valeur son patrimoine. “En France, certains sont même consacrés aux régions, comme la Bretagne, développe-t-elle. Mais quand j’ai cherché la version marocaine… j’ai été très déçue, elle n’existait pas.”

Je me suis vraiment efforcée de varier les thématiques et d’aborder des aspects peu connus du Maroc. Concernant l’esthétique, il fallait aller au-delà du verre de thé.

Soumaya Chakir

Une fois réinstallée à Paris, cette mère de famille se lance. Elle se plonge dans les livres, fait des recherches sur l’histoire et sur la culture marocaines. Elle sollicite l’éclairage de spécialistes, passe des heures sur internet. Et finit par créer, “toute seule”, un jeu de société en hommage à sa terre natale. Imprimées et fabriquées entièrement à Bouskoura par des artisans locaux, les boîtes rouges et vertes et leurs questions ont pour but de “susciter l’intérêt des jeunes, d’origine marocaine ou non, pour le pays”.

La boîte et les cartes du jeu « Le Maroc en couleurs » (crédit : DR).

“Pour certains, ce sera peut-être une totale découverte, commente la conceptrice. C’est pour cela que je me suis vraiment efforcée de varier les thématiques et d’aborder des aspects peu connus du Maroc. Concernant l’esthétique, il fallait aller au-delà du verre de thé.” Pour d’autres, le jeu évoquera sûrement des souvenirs, des traditions auxquelles ils sont attachés. L’entrepreneure l’assume : pour donner envie aux Marocains du monde d’explorer leur pays, elle a aussi joué “la carte de la nostalgie”.

Le mal du pays est un sentiment qu’elle connaît bien. Après une pause forcée due à la pandémie de Covid-19, la trentenaire avoue revenir chez elle “dès qu’[elle] le peut”. Les deux dernières vacances scolaires, elle les a passées à Casablanca, où elle a retrouvé ses parents et son frère – “rentré très vite au Maroc après avoir étudié à l’étranger”, s’amuse-t-elle. Une ambition qu’elle-même caresse secrètement. “Pour plus tard”, sourit-elle.

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