Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) propose depuis quelque temps des formations pluridisciplinaires sur le Sahara, visant à “fournir les bases nécessaires pour plaider la question de l’intégrité territoriale du royaume”. Quel impact cette initiative peut-elle avoir sur les ressortissants installés hors des frontières ?

En partenariat avec la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de l’Université Mohammed V Rabat-Agdal (FSJES-Agdal), le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) propose depuis le 5 novembre une série de conférences sur le Sahara. La formation, intitulée “Sahara marocain : vérité et histoire”, se décline en une trentaine de vidéos accessibles sur Awacer TV, la plateforme numérique du CCME dédiée à l’immigration et aux Marocains du monde.

Au programme : retours historiques sur la question, analyse du “développement économique et humanitaire dans les provinces du Sud” ou encore étude “des traités liés à la question de la souveraineté nationale”, indique un communiqué de l’institution. Un intérêt particulier sera également porté à “l’initiative d’autonomie” et aux “recommandations du rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement”, de même qu’à l’histoire des relations du royaume avec l’Algérie, accusée d’être partie prenante.

Le but affiché est de “familiariser les jeunes Marocains avec l’histoire et la géographie des provinces du sud du royaume […] depuis leur pays de résidence” et de “fournir au public les bases nécessaires pour plaider la question de l’intégrité territoriale du royaume”. L’initiative s’inscrit dans la continuité du lancement, en janvier dernier, d’une première formation “sur le plaidoyer au sujet de la question du Sahara marocain” à destination des Marocains résidant à l’étranger (MRE). Quelques semaines plus tôt, les États-Unis avaient reconnu la “souveraineté” de Rabat sur ce territoire.

Répondre aux “fake news”

Diffusés en quatre langues, ces premiers contenus s’adressent à tous, “étudiants, chercheurs, acteurs associatifs ou tout particulier avide de connaissances sur le sujet”, nous expliquait à l’époque Abdellah Boussouf, secrétaire général du CCME.

Un volet prépare spécifiquement les apprenants à “répondre aux allégations et aux fake news qui sont régulièrement diffusées”. “Il y a cette idée reçue que le Maroc s’enrichirait et profiterait des ressources de la région, explicite le responsable. Alors que, l’histoire le prouve, le Sahara a connu un développement important en seulement quelques décennies. Laâyoune et Dakhla ne sont plus les mêmes qu’en 1975.”

L’offre proposée vise donc officiellement à “combler un manque d’informations sur le sujet”, mais surtout à “corriger les mensonges répandus par d’autres sur le Sahara marocain” et à “œuvrer, dans l’opinion publique, pour un consensus autour de l’autodétermination de la région, en adéquation avec la position du Maroc”.  

“Force de lobbying”

Dans un entretien accordé à l’agence de presse officielle MAP, Mustapha El Bouazzaoui, consul général du royaume à Paris, souligne la “force de lobbying” que possèdent les “5 millions d’âmes” de la diaspora marocaine. Selon le diplomate, la mission de cette communauté est “cruciale” :  il s’agit de “plaidoyer pour agir sur l’opinion publique des pays de résidence et démentir les positions pro-Polisario et des séparatistes dans ces pays”.

Les autorités ont pris conscience des limites du discours officiel. Elles ont bien intégré l’importance de la diplomatie publique, du potentiel que représente la mobilisation de la société civile à ce sujet.

Hasni Abidi

Chaque MRE est-il ainsi amené à devenir ambassadeur de la marocanité du Sahara ? “Les autorités ont pris conscience des limites du discours officiel. Elles ont bien intégré l’importance de la diplomatie ‘publique’, du potentiel que représente la mobilisation de la société civile à ce sujet, estime Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), implanté à Genève. Depuis quelque temps, il y a une volonté du Maroc d’impliquer les faiseurs d’opinion ou les centres de recherche souvent confrontés à ces questions.”

Une analyse que partage Rachid El Houdaigui, professeur de relations internationales à l’université Abdelmalek Essaâdi à Tanger : “Au Maroc, la participation de la diaspora aux politiques publiques est un processus indéfectible. Ce type d’initiative, qui porte sur une question aussi stratégique que l’affaire du Sahara, en est un des moyens. Le renforcement du lien social représente à la fois la finalité profonde de la formation et le levier de l’inclusion politique des Marocains résidant à l’étranger. […] Sur le plan opérationnel, l’objectif est clair : mobiliser les différents répertoires d’action formelle pour défendre la position nationale.”

Des Marocains manifestent le 11 novembre 2019 à Paris à l’occasion de l’anniversaire de la Marche verte (MAP).

Quel public cible ?

Dans un second temps, le chercheur tanjaoui considère que “le but ne peut être atteint que si la conception de la formation repose sur un plan d’action qualitatif”. D’après lui, il faudra d’abord “cibler les profils solidement ancrés dans leur pays d’installation, qui vont par la suite prendre le relais pour diffuser le discours marocain dans leurs réseaux respectifs. Pour éviter de reproduire les erreurs du passé et de dilapider les deniers publics, il faudra mesurer les effets de la formation à travers une étude d’impact, […] nécessaire pour consolider la confiance et la transparence.”

“Ce programme engage les Marocains de l’étranger sur un terrain qui n’est pas le leur, nuance toutefois Hasni Abidi. Car où qu’ils soient, ils sont avant tout des citoyens des pays dans lesquels ils sont établis. Cela pourrait y être perçu comme de la propagande, comme une tentative d’endoctrinement de la part des autorités marocaines. Des partis d’extrême droite pourraient même l’instrumentaliser afin de dénoncer la mainmise du royaume sur des citoyens de leur propre pays.” Une crainte qui prend tout son sens dans les contextes électoraux, notamment en vue du scrutin présidentiel français prévu au printemps de 2022.

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