Il tourne dans des séries, dans des clips, dans des publicités… Depuis quelques années, le comédien franco-marocain Karim Benz est très actif à Hollywood. Il nous plonge dans l’envers du décor et nous parle notamment de son projet d’application pour faciliter la rémunération des professionnels du cinéma.

La street food de Los Angeles lui rappelle Marrakech. Les burritos, les tables et les camionnettes constituent, en cet automne de 2021, la pause méritée des hommes de l’inspecteur Harry Bosch qui traquent sans relâche les criminels et les flics corrompus dans la Cité des anges. Les tournages se déroulent la nuit entre 18 h et 6 h du matin, l’adaptation des scènes se fait en live. Au milieu des acteurs de cette série écrite pour Amazon par l’auteur à succès Michael Connelly, un certain Karim Benz.

Karim Benzakour de son vrai nom – il est le frère de l’actrice Nadia Benzakour – est né il y a trente-trois ans à Casablanca. Après avoir grandi un temps à Paris, où il avait même entamé des études de droit à l’université Panthéon-Assas, il s’envole vers les States au décès de son père. Son parcours professionnel commence en 2017 dans la Silicon Valley, lorsqu’il lance une société de bornes de recharge publiques pour téléphones portables – avec ouverture par empreinte digitale et caméras de surveillance. Les investisseurs sont sceptiques et ne suivent pas. Le jeune entrepreneur se tourne alors vers Hollywood.

“Un soir, je dînais avec mes colocataires dans un fast-food quand je suis tombé sur une pub pour une célèbre marque de vêtements. J’ai regardé mes amis et je leur ai dit : ‘je vais faire ça’”, raconte Karim, qui à l’époque venait de créer sa start-up et cherchait des financements. Il débute par une publicité pour une chaîne de restaurants, après avoir répondu sans grande conviction à une petite annonce. Sa carrière démarre : à partir de là, les tournages vont s’enchaîner “toutes les semaines”… jusqu’à atteindre 300 aujourd’hui !

Sous-représentation des professionnels arabes

“Si j’y suis arrivé, tout le monde peut y arriver”, estime celui qui a pour modèle Kate Winslet. D’autant plus que le cinéma américain est à la recherche de professionnels venant du monde arabe. Le Marocain en veut pour preuve une étude de The Hollywood Reporter, selon laquelle les scénaristes du Maghreb et du Moyen-Orient ne représentent que 0,3 % de ceux embauchés dans la capitale mondiale du septième art.

La destination a beau attirer les curieux et les rêveurs de tous les pays, ceux issus de la sphère arabo-musulmane sont particulièrement sous-représentés. Ramin Bahrani (“Le Tigre blanc”), Sam Esmail, le scénariste-réalisateur-producteur du film “Retrouvailles”, ou encore Mitra Jouhari (“Three Busy Debras”), pour ne citer qu’eux, figurent parmi les signataires d’une lettre ouverte du comité des écrivains du Moyen-Orient. “Nous nous trouvons à un point d’inflexion culturelle, et nous demandons votre concours pour améliorer ce nombre, écrivent-ils. Identifier le problème est la première étape, prendre des mesures est ce qui devrait suivre.” Et la tribune de mentionner comme autant d’exceptions les succès planétaires de “Ramy” de Hulu, “Chad” de TBS et de “Legends of Tomorrow” de DC.

L’acteur franco-marocain Karim Benzakour lors d’un tournage (crédit : DR).

Derrière la carte postale

Karim Benz, lui, est constamment en tournage. Du dernier Star Wars aux clips des Jonas Brothers ou de Zara Larsson, le comédien ne cesse d’être sollicité. La voix encore sous le charme, il raconte même sa rencontre avec Katy Perry, dépeignant la star aux milliards de vues comme une personne normale que l’on pourrait croiser au café du coin.

Derrière la carte postale, l’endroit peut aussi être dangereux. Peu avant notre échange, les balles réelles malencontreusement chargées dans le pistolet de la star Alec Baldwin ont tué et blessé – une plainte a été déposée à Los Angeles pour “négligence” de la part de l’acteur, de la production et de l’armurière du film. “Ça aurait pu être moi”, souffle Karim Benz.

Que ce soit le TCL Chinese Theatre, le Walk of Fame et ses étoiles et mains de célébrités immortalisées, les studios de Paramount Pictures, les salles de concert comme le Hollywood Bowl, le théâtre Dolby où se déroule la cérémonie des Oscars, les clubs d’improvisation humoristique et les bars branchés au style rétro, tous ces lieux sont prestigieux et reconnaissables grâce aux milliers de longs-métrages qui y ont été tournés depuis le début du XXe siècle.

Mais Hollywood n’est pas que limousines et paillettes. Les acteurs, actrices et artistes n’ont souvent pas de contrat, sont payés en cash et enchaînent les scènes parfois périlleuses. C’est pourquoi Karim Benz, dont la fibre entrepreneuriale n’a pas disparu, envisage de bâtir un pont entre la Silicon Valley et Hollywood, développant une application mobile qui permettrait d’assurer et de sécuriser les transactions. Il y travaille actuellement en secret, se refusant à en dévoiler davantage tant que le projet sera toujours au stade de la recherche et du développement.

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