Le boxeur Sofiane Oumiha vient de décrocher, dans la catégorie des poids légers, un deuxième titre de champion du monde inédit. Né dans une famille originaire de la région de Tadla, le jeune Français de 26 ans a connu des hauts et des bas parfois inattendus dans sa relation avec le royaume.

La garde baissée, le regard plongé dans celui de son adversaire, restant à bonne distance et oscillant la tête de gauche à droite. Dans le troisième et dernier round de la finale des championnats du monde amateur (en catégorie moins de 60 kg), ce vendredi 5 novembre à Belgrade (Serbie), le longiligne (1m78) et expérimenté Sofiane Oumiha peut se permettre de contrôler après avoir dominé les deux premières reprises. Face au prometteur Ouzbek Abdumalik Khalokov, champion olympique de la Jeunesse et champion du monde juniors, il s’impose par décision unanime des juges. Et s’offre le premier doublé planétaire d’un pugiliste français.

Intégration réussie

Celui que la star des poids lourds Tony Yoka surnomme le diamant de l’équipe de France a débuté la boxe anglaise à l’âge de sept ans. Toulousain de naissance, il continue à pratiquer le sport local par excellence, le rugby, avant de se concentrer à 100 % sur le noble art dans la foulée de ses premiers triomphes internationaux – médailles de bronze aux Mondiaux junior puis d’or aux Jeux méditerranéens en 2013.

Pour être ici j’ai raté le mariage de ma sœur qui compte beaucoup pour moi. […] Je sais que les miens me regardent depuis Tadla, un petit village du Maroc.

Sofiane Oumiha

Le grand public découvre l’attendrissant gamin d’une cité de la Reynerie à l’été de 2016, lors des Jeux olympiques de Rio. En larmes après sa qualification pour les demi-finales, il confie à la presse : “Je viens d’un quartier qu’on dit difficile… J’ai fait des sacrifices. Pour être ici j’ai raté le mariage de ma sœur qui compte beaucoup pour moi. Comme vous le savez ma mère a été accidentée et ça fait deux mois et demi que je n’ai pas vu les miens. Je sais qu’ils me regardent depuis Tadla, un petit village du Maroc [sic].”

Le fils d’immigrés s’incline en finale. Difficilement consolable sur le moment, il ne tarde pas à relativiser, replaçant dans leur contexte sa performance et l’engouement suscité par son épopée brésilienne : “Cela ne sert à rien de se ronger la tête, j’ai tout donné et j’ai pris un maximum de plaisir dans cette compétition, c’est ça qui compte le plus. Et plus que n’importe quelle médaille, c’est d’avoir fait rêver la France ma plus belle récompense. Ma plus grande fierté. Quelles que soient les différences, les origines, les cultures, avoir pu, même un court instant, rassembler, c’est ça mon or à moi ! J’ai mouillé le maillot pour ça !”

Esprit de revanches

Quelques mois plus tard, le vice-champion olympique, à l’occasion d’un match par équipe comptant pour les World Series of Boxing, renoue avec la victoire… face au Maroc. Diminué par une grippe et par une gastro, après avoir “vomi au moins cinq fois”, il vient à bout devant son public de son opposant Mohamed Hamout. Le tricolore apporte ainsi le point décisif aux Fighting Roosters aux dépens des Morroco Atlas Lions.

Visant la première marche du podium olympique en juillet 2021 à Tokyo, le favori se voit éliminer dès le premier tour, compté K.-O. debout par un arbitre marocain. Contestant à chaud cette douloureuse décision, son entourage finit par l’accepter. “Sur le coup, nous n’avons pas compris mais Sofiane a vraiment été touché. Il n’y a pas de doute, admet John Dovi, manager général des équipes de France seniors masculines. De toute façon, peu importe, mieux vaut arrêter trop tôt que trop tard.”

Sofiane Oumiha incrédule après la décision de l’arbitre d’interrompre prématurément son combat en 16e de finale des JO de Tokyo (Ueslei Marcelino / Pool / AFP).

Ce week-end, Sofiane Oumiha a pris une belle revanche en ravissant la ceinture mondiale qu’il avait décrochée une première fois en 2017. Il empoche ainsi la coquette somme de 100 000 dollars, et s’ouvre grand les portes du monde professionnel. Déjà sous contrat avec le célèbre promoteur anglais Frank Warren – qui s’occupe notamment du champion WBC Tyson Fury –, celui qui est entraîné par son cousin Mehdi ne semble pas vouloir pour autant délaisser l’univers des amateurs, avec le rendez-vous olympique de Paris 2024 en ligne de mire. “Je vais me poser et réfléchir avec mon staff et on verra. C’est possible de mener les deux en parallèle. Quand on veut et qu’on a la conviction, je pars du principe que tout est possible”, assène cet éternel combattant.

Laissez un commentaire