Faïza Hachkar est responsable du bureau parisien de la Chambre française de commerce et d’industrie au Maroc (CFCIM). Pour Diaspora, elle fait une pause dans son emploi du temps chargé afin d’évoquer la bonne tenue des relations économiques bilatérales et les atouts du royaume, devenu une “porte d’entrée incontournable” pour les Français qui veulent s’implanter en Afrique.

Elle est très active dans la mise en avant de la destination Maroc auprès des acteurs économiques français, notamment dans le cadre d’un vaste road show promotionnel lancé au début du mois d’octobre.

Née à Tours de parents marocains originaires de Tinghir, Faïza Hachkar a démarré sa carrière au sein du réseau des chambres de commerce et d’industrie (CCI) en France. Pendant quatre ans, elle était d’abord chargée de la montée en compétence des conseillers internationaux sur la région du Maghreb. Elle a ensuite passé trois ans au Canada, travaillant au sein de la CCI française à Montréal.

Depuis 2007, la jeune femme représente à Paris la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc, qui compte plus de 3 700 firmes adhérentes. Dans l’Hexagone, elle conseille et accompagne des sociétés, tous secteurs confondus, dans leurs projets d’exportation, d’implantation et de partenariats sur le marché marocain.

Diaspora : En tant que responsable de la CFCIM en France, quelles sont vos missions ?

Faïza Hachkar : Le bureau France que je représente a pour principale mission d’être le relais des activités de la CFCIM et d’œuvrer au rapprochement économique entre les deux pays.  Nous favorisons l’implantation et le développement des entreprises françaises dans le royaume. À titre d’exemple, nous organiserons les 26 et 27 octobre prochains à Essaouira des Journées économiques afin de permettre aux sociétés françaises de cerner les opportunités sectorielles et d’y développer des partenariats avec des entreprises locales.

Vous avez travaillé à la CFCIM au Canada, en France puis au Maroc. Qu’est-ce qui change entre ces trois contextes et ces trois continents ?

La position géographique, la culture, l’histoire, la situation économique et surtout les opportunités d’affaires sont très différentes. Le Canada attire les entreprises françaises du fait de sa proximité avec les États-Unis – un marché de plus de 350 millions de consommateurs. On y parle également le français, ce qui est un atout considérable, et les démarches administratives sont plus faciles quand on veut s’implanter en Amérique du Nord.

Concernant le Maroc, du fait de sa proximité géographique avec l’Europe, c’est une destination privilégiée pour les entreprises françaises qui souhaitent s’installer en Afrique. Le royaume est une porte d’entrée incontournable pour développer des affaires sur le continent.

D’origine marocaine, vous êtes très présente dans le royaume. Est-ce un atout ? 

Étant franco-marocaine, je suis passionnée par les relations entre mes deux pays, et j’essaie à mon humble niveau de favoriser la richesse des échanges. Mon rôle est de promouvoir la destination Maroc. J’accompagne et je conseille les entreprises françaises pour qu’elles s’y développent, grâce à des partenariats durables avec les principaux acteurs basés en France comme les régions, les clusters, les pôles de compétitivité, les fédérations…

Le roi Mohammed VI et le président Emmanuel Macron lors de l’inauguration de la première ligne ferroviaire marocaine à grande vitesse, le 15 novembre 2018 à Rabat (image d’illustration, Fadel Senna / AFP).

Je travaille actuellement sur l’organisation d’un road show en France pour mettre en avant le potentiel de co-investissement dans les secteurs clés de la relance économique marocaine. La première étape s’est déroulée le 8 octobre dernier à Paris, sur le thème du digital au Maroc. Le prochain rendez-vous aura lieu à Toulouse, et portera sur l’aéronautique et l’aérospatial.

Les relations Maroc-France se sont tendues au cours des derniers mois. Comment pouvez-vous contribuer à renouer le dialogue ?

Nous avons toujours entretenu d’excellentes relations avec les deux ambassades, et la CFCIM n’a jamais pris parti. Ce n’est pas son rôle. En effet, ce qui compte pour la Chambre, c’est de catalyser la relation inter-entreprises.

Au Maroc, la concurrence est rude et la part de marché des entreprises françaises baisse légèrement, mais la France demeure malgré tout le premier partenaire commercial du pays.

Faïza Hachkar

Il faut souligner que les relations de business sont excellentes et privilégiées. Au Maroc, la concurrence est rude et la part de marché des entreprises françaises baisse légèrement, mais la France demeure malgré tout le premier partenaire commercial du pays. Par ailleurs, nous avons une histoire commune forte qui nous lie depuis plusieurs décennies.

Que pensez-vous de la récente nomination de Mohamed Benchaâboun, ex-ministre de l’Économie et des Finances, en tant qu’ambassadeur du Maroc à Paris ?

Personnellement, je trouve que cette nomination, très attendue tant le poste est stratégique, est positive. Mohamed Benchaâboun fait l’unanimité sur le bilan qu’il a laissé en tant que ministre, ayant notamment réussi à limiter l’impact économique de la crise sanitaire. C’est un profil discret mais efficace, à l’instar de son prédécesseur, Chakib Benmoussa. Il sera sans aucun doute notre allié.

Mohamed Benchaâboun, le 29 novembre 2019 à Berlin (Odd Andersen / AFP).

Politiquement, il sera certainement bien entouré de par ses anciennes fonctions importantes dans les grandes agences étatiques et gouvernementales. Son expérience à la tête de la Banque centrale populaire (BCP) lui servira aussi dans la compréhension des MRE et de leur situation. Formé en France, son parcours pluridisciplinaire lui permettra d’agir sur tous les aspects de la relation bilatérale.

Étant donné son profil, quel est le signal envoyé aux investisseurs de part et d’autre ?  

Le signal est très clair : la relation économique entre les deux pays est et doit rester une relation de confiance et de partenariat. Elle s’inscrit désormais dans des échanges gagnant-gagnant, le Maroc poussant les investisseurs à l’intégrer dans les chaînes de valeur mondiale. Les écosystèmes automobile et aéronautique en sont des exemples remarquables.

Nous constatons le développement de flux inverses, de nos entreprises marocaines vers la France, et de là vers le marché européen.

Faïza Hachkar

À l’heure où nous parlons de plus en plus de relocalisation, le royaume a tous les atouts nécessaires pour attirer des projets d’envergure et à forte valeur ajoutée. Nos ressources humaines bien formées, la proximité géographique et la stabilité politique sécurisent les investissements étrangers. Nous constatons par ailleurs le développement de flux inverses, de nos entreprises marocaines vers la France, et de là vers le marché européen.

Vous collaborez avec des entreprises d’horizons divers. Si vous aviez à créer votre propre structure, quel domaine privilégeriez-vous ?

Dans mes missions d’accompagnement, je rencontre souvent des défis que j’aime relever. Si je devais créer ma propre entreprise, je me lancerais dans un domaine avec un fort impact social et économique, comme par exemple le développement durable. Géographiquement, je considère qu’il reste encore beaucoup d’opportunités non explorées dans certaines régions du Maroc, comme celle du Drâa-Tafilalet, qui me tient particulièrement à cœur puisque j’y puise mes origines.

Dans dix ans, vous projetez-vous en France ou au Maroc ? 

Je suis profondément attachée à ma culture française et marocaine, et j’espère pouvoir continuer à utiliser cette richesse au service de mes deux pays. J’aime être ce pont entre les deux rives. Et c’est vrai que je rêve un jour de pouvoir avoir une expérience de vie au Maroc. Grâce à mes parents et à ma famille, j’ai toujours maintenu ce lien indéfectible avec ma terre d’origine. Si une opportunité se présentait, assurément je la saisirai.

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