Après une décennie passée au Japon, le consultant Omar Amni est revenu au Maroc pour lancer la première structure spécialisée dans le développement des liens économiques entre les deux nations. Il nous explique comment il accompagne des dizaines d’entreprises nippones à s’implanter dans le royaume, et vice versa.

Passionné depuis sa plus tendre enfance par le Pays du soleil levant, Omar Amni a décidé un jour de changer de dimension et de partir s’installer à Tokyo. Il y est resté neuf ans, étudiant d’abord la langue japonaise puis le management international et interculturel, avant d’intégrer un cabinet de conseil et de promotion des entreprises et des produits nippons – dans lequel il était en charge de la zone MENA et des pays africains francophones.

De retour dans le royaume du soleil couchant, il a lancé son entreprise, Morocco and Japan Business, afin de développer les affaires entre sa terre d’origine et son pays d’adoption. Rencontre.

Diaspora : Vous avez poursuivi vos études au Japon. Pourquoi cette destination peu commune, à plusieurs milliers de kilomètres de chez vous ? 

Omar Amni : C’est un concours de circonstances. J’ai commencé la pratique des arts martiaux japonais à un âge très jeune, la culture et les valeurs japonaises m’intéressaient énormément. Quelques années plus tard, lorsque je me suis rendu en France pour étudier, j’habitais à quelques mètres du Jardin japonais de Toulouse. J’y ai forcément vu un signe…

J’ai développé mes contacts dans ce pays au fil du temps, et décidé un jour de sauter le pas. La vie au Japon est dure, très dure même. Il faut tout redémarrer de zéro : la langue, les études, trouver du travail, vivre dans des conditions difficiles… mais il y avait ce projet qui me tenait à cœur : rapprocher le Maroc du Japon. C’est l’un de mes objectifs majeurs depuis mon retour à Casablanca.

Vous avez effectivement créé une structure pour développer les relations Maroc-Japon, quel est le détail de vos activités ? 

Avec mon associée japonaise, Mié Arai, nous avons créé en 2018 “Morocco and Japan Business”. C’est le fruit d’une longue réflexion qui a commencé lorsque j’étais encore là-bas. Nous avions vu un intérêt croissant envers le Maroc. Il faut savoir que le nombre d’entreprises japonaises y est passé, en l’espace de dix ans, d’une petite dizaine à plus de soixante-dix actuellement. Bien sûr, cela reste relativement limité à deux ou trois secteurs d’activité, mais la progression est très encourageante.

Au Japon, la culture des affaires est omniprésente et les possibilités sont illimitées. Il suffit que les investisseurs voient l’opportunité d’une collaboration et soient rassurés par l’environnement du pays ciblé.

Omar Amni

Au Japon, la culture des affaires est omniprésente et les possibilités sont illimitées. Il suffit que les investisseurs voient l’opportunité d’une collaboration et soient rassurés par l’environnement du pays ciblé. Dans mon activité professionnelle à Tokyo, déjà, j’étais sollicité pour organiser des voyages d’affaires, mener des études sectorielles, etc.

Depuis trois ans, nous sommes cinq à travailler sur le projet : deux Japonaises – dont une à Tokyo – et trois Marocains qui accompagnent ici les entreprises nippones. Nous apportons notre expertise à toutes celles qui veulent exporter ou s’installer au Maroc, tout en les aidant dans leurs démarches administratives et en assurant la traduction et l’interprétariat. Nous touchons à des domaines très variés : cela va de l’agriculture à la mode en passant par les produits industriels et le tourisme VIP. Nous avons également notre propre service import/export.

Le Japon est l’un des pays les plus développés au monde en matière de technologie et d’innovation. Comment le Maroc peut-il s’en inspirer ?

Le Japon a connu sa révolution industrielle il y a plus de 150 ans, nourri par un très fort sentiment de patriotisme et de fierté nationale. S’ajoutent à cela une obsession du détail et un  perfectionnisme quasi naturel propre aux Japonais. 

De ce fait, la satisfaction client est fondamentale chez eux. Tout est pensé pour rendre l’expérience d’utilisation la plus agréable possible. Un consommateur mécontent est un échec, non seulement pour les salariés mais aussi pour l’entreprise nippone dans son ensemble.

Le Prince Moulay Rachid serrant la main du Premier ministre japonais Shinzo Abe, le 24 octobre 2019 à Tokyo (Jiji PRESS / Japan Pool / AFP).

C’est pourquoi la collaboration entre Marocains et Japonais pourrait être très bénéfique. Nous pouvons nous inspirer de leur rigueur, de leur expertise et de leur organisation. Parallèlement, eux pourront par exemple apprécier notre capacité à improviser et à trouver des solutions ingénieuses avec peu de moyens.

Selon vous, comment développer les relations bilatérales ? 

Je pense qu’il faudrait une volonté plus marquée de la part des acteurs des deux pays. Les Japonais sont très prudents en affaires. Ils prennent leur temps et ont besoin de bien connaître les spécificités et les standards du marché cible avant de se lancer. Leurs principales inquiétudes en Afrique sont le cadre législatif et les garanties sécuritaires : la corruption, la protection de la propriété intellectuelle, les transactions bancaires, la fiscalité, la transparence, la lutte contre la criminalité et les disparités sociales…

Il nous faudrait multiplier les rencontres et les échanges, surtout au niveau d’institutions comme la CGEM. Il faut une ambition forte et œuvrer au transfert technologique, favorisés par des partenaires locaux de taille.

Omar Amni

Il nous faudrait donc multiplier les rencontres et les échanges, surtout au niveau d’institutions comme la CGEM [Confédération générale des entreprises du Maroc, patronat]. Pour ce faire, il faut une ambition forte et œuvrer au transfert technologique pour la recherche et pour l’innovation, favorisés par des partenaires locaux de taille.

Le Japon s’intéresse beaucoup au continent, et cela depuis les années 1990. Beaucoup de PME japonaises s’installent en Afrique centrale, notamment des incubateurs de start-ups. L’Afrique du Sud est aussi une de leurs destinations privilégiées, et le Maroc pourrait s’en inspirer afin d’attirer les investisseurs. Certes, c’est un pays émergent et anglophone, mais notre royaume a une position géographique beaucoup plus avantageuse. Le rapprochement avec les États-Unis et avec le Royaume-Uni pourrait par ailleurs être un atout majeur.

Dans l’autre sens, comment aider les entreprises marocaines à s’implanter au Japon ? 

Les consommateurs japonais sont très friands de produits étrangers premium, et leur pouvoir d’achat est l’un des plus élevés au monde. Par conséquent, les perspectives sont multiples pour les produits marocains haut de gamme. Notre cuisine est un secteur qui intéresse le marché nippon. L’artisanat marocain est également très en vogue dans le pays, mais l’offre reste inégale avec des produits de qualité variable, ce qui n’encourage pas les Japonais à miser là-dessus. Il faut de la rigueur, de la qualité et de la réactivité pour les rassurer. Les relations se tissent, doucement mais sûrement.

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