Si nous avons, nous aussi, retenu notre souffle dans la nuit du 8 au 9 septembre, si nous avons, nous aussi, suivi avec intérêt chaque étape, parcouru chaque programme et débattu durant des heures, une fois encore le scrutin n’a pas pris en compte nos avis à nous, les Marocaines et Marocains résidant à l’étranger.

Étant pour la première fois en âge de voter, cela faisait plusieurs années que beaucoup d’entre nous attendaient de pouvoir participer à cette vie électorale, expression de la maturité citoyenne. Le vote de toutes les Marocaines et de tous les Marocains majeurs a beau être garanti par les articles 16 et 17 de la Constitution de 2011, dix ans après ce droit n’est toujours pas acté dans les lois électorales. Vide juridique qui ne s’explique pas… mais se fait sentir dans les urnes, puisque les “MRE” représentent un potentiel de millions d’électeurs.

Rita Faridi est étudiante en Communication & Médias à Sciences Po
Paris et journaliste pigiste (BBC News, TelQuel…). Crédit : DR.

C’est dans ce chiffre que tient sans doute la première incompréhension. Plusieurs millions d’électeurs, ce n’est clairement pas anecdotique. C’est au contraire une population qui devrait être fortement courtisée par les divers partis politiques cherchant à attirer ces très nombreuses voix. Et pourtant, les Marocains du monde demeurent absents de leurs programmes – même s’ils ont tendance à réapparaître une fois les élections passées, quand il s’agit d’encourager la consommation et les investissements au Maroc.

À l’heure de s’inscrire sur les listes électorales, nous n’avons pas eu plus d’informations qu’un code d’erreur affiché sur la page blanche de nos ordinateurs pour expliquer l’impossibilité de notre immatriculation.

Rita Faridi et Radia Amor

La deuxième incompréhension réside, elle, dans le flou absolu qui entoure la question. À l’heure de s’inscrire sur les listes électorales, nous n’avons pas eu plus d’informations qu’un code d’erreur affiché sur la page blanche de nos ordinateurs pour expliquer l’impossibilité de notre immatriculation.

En juin, le bruit a couru qu’il allait être possible de voter par procuration. En septembre, après plusieurs allers-retours entre consulat et ambassade, nous n’avons obtenu pour réponse qu’un amas confus d’informations contradictoires à ce sujet. À chaque échéance électorale, la problématique du vote des MRE est donc remise sur la table à travers la presse et les réseaux sociaux, et ce sont toujours les mêmes interrogations qui ne reçoivent en guise de réponse que des rumeurs.

Radia Amor est étudiante en master de relations
internationales à l’Ileri & membre du collectif
« Aji Souwet » qui encourage la participation électorale,
particulièrement des jeunes (crédit : DR).

Enfin, les élections de 2021 ont été marquées par les enjeux d’un triple scrutin et d’un nouveau mode d’attribution des sièges. Des circonstances historiques, sources d’une grande fierté pour tout Marocain attaché à la chose publique et soucieux de voir évoluer la vie politique de son pays. Nous priver de ce moment historique a été source d’une grande frustration.

S’il n’existe pas de remède miracle ni même d’explication entièrement logique à ce vide juridique et politique, il y a des solutions faciles à mettre en œuvre.

Rita Faridi et Radia Amor

S’il n’existe pas de remède miracle ni même d’explication entièrement logique à ce vide juridique et politique, il y a des solutions faciles à mettre en œuvre, notamment celle de créer des instances élues dédiées à la représentation des MRE au sein des institutions étatiques. Par simple comparaison avec des pays voisins – ou avec ce qu’il se passait il n’y a encore pas si longtemps dans le notre –, il peut être tout à fait envisageable de créer des sièges à la Chambre des représentants qui seraient réservés aux Marocaines et Marocains de l’étranger.

Par son mode de scrutin – proportionnel et plurinominal –, la chambre basse de notre Parlement encourage, voire impose, une représentativité très forte des électrices et des électeurs. Il paraît donc improbable qu’une grande part de la population marocaine, qui reste citoyenne malgré sa délocalisation, n’y ait pas voix au chapitre.

Cet état de fait nous confère un statut de citoyen incomplet. Une situation pour le moins insupportable, d’autant plus quand on sait que les diasporas de nos amis maghrébins participent au scrutin dans leur pays d’origine, comme en Tunisie par exemple.

Après chaque élection, la question du vote des MRE revient sur la table, et les interrogations restent les mêmes : pourquoi la route vers le droit de vote des MRE est-elle ainsi semée d’embûches ? Tant d’obstacles qui en vérité finissent par avoir raison de toutes les motivations, même les plus ardentes. Le contexte sanitaire des deux dernières années nous ayant tenu davantage éloignés physiquement du territoire, nous n’acceptons plus d’en être aussi injustement éloignés juridiquement.

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