Des agents de la Fondation Mohammed V pour la Solidarité aiguillant une passagère à l’aéroport de Casablanca (Yassine Toumi / TelQuel).

Pour de nombreux Marocains ayant rejoint le territoire national, l’approche du pays se ressent à proximité de la porte d’embarquement, parfois même dès le check-in d’un vol à destination de notre cher pays.

Une négociation pour tenter de faire passer un surplus de bagage évident, les tactiques pour essayer d’arriver le premier au comptoir d’enregistrement, Lhajja guettant avec anxiété la porte d’embarquement, ou cet étudiant tapotant activement sur son portable rappellent que le pays n’est plus très loin. Il y a aussi ce retard du vol que beaucoup expliquent par cette simple phrase : “C’est ça le Maroc.” Une explication parfois injustifiée mais qui trouve un écho auprès de bon nombre de Marocains.

Ce sentiment, certains de nos concitoyens ont pu le ressentir à la suite de l’annonce du passage dans la liste B de pays européens dans lesquels résident beaucoup de nos ressortissants. D’un coup, une majorité de la communauté marocaine résidant à l’étranger s’est retrouvée visée par des restrictions qui n’avaient que peu de sens. En vertu de la situation qui prévalait au 13 juillet, des parents marocains auraient dû laisser leurs enfants résidant à l’étranger revenus au pays s’isoler pendant une dizaine de jours dans un hôtel au lieu de se retrouver après des mois, voire des années, de séparation.

Mais les autorités ont dû faire preuve de flexibilité. Petit à petit, les non-sens, les vides ont commencé à s’effacer pour laisser émerger des directives claires et compatibles avec les attentes de nos concitoyens quant à un retour au pays. Oui, nos responsables ont dû faire preuve de flexibilité pour nous permettre de nous reconnecter avec ceux qui, parmi les nôtres, ont fait le choix de traverser la Méditerranée, l’Atlantique ou de voler à partir d’un pays du Golfe. Ce type de réactivité est salutaire dans un contexte où les motifs de réjouissance ne sont que trop peu nombreux, voire inexistants.

Quid de ces citoyens venus de ‘pays anonymes’, figurant dans la liste B et qui ont longtemps réclamé des mesures similaires ? Ils pourront estimer qu’il existe deux classes de MRE.

Yassine Majdi

Il est toutefois regrettable que ces considérations n’aient été prises en compte que maintenant. Quid de ces citoyens venus de “pays anonymes”, figurant dans la liste B et qui ont longtemps réclamé des mesures similaires, si ce n’est plus restrictives que celles récemment décidées par nos autorités ? Ils pourront estimer qu’il existe deux classes de MRE, et ce même si notre pays lutte constamment contre cette idée en mettant en valeur ces Marocains partis briller sous d’autres cieux.

D’autres entameront leur séjour “au bled” sous le signe de l’incertitude et se tiendront prêts à partir à la moindre alerte. Une idée peu rassurante lorsqu’il s’agit de passer des vacances. Mais ne boudons pas notre plaisir. Le temps est beau. Le ciel est bleu. Et nous pouvons enfin respecter les consignes de distanciation aux côtés de ceux que l’on ne voit que trop peu. Ici vous êtes chez vous. Mais attention quand même, vous êtes au Maroc…

(ce texte a été initialement publié dans le n°960 de TelQuel, du 16 au 29 juillet 2021)

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