Avant d’accueillir à domicile la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2022, l’équipe de football féminine marocaine se structure pour se donner les moyens de ses ambitions. Sous la houlette du nouveau sélectionneur Reynald Pedros, la stratégie est double : construire une ossature solide avec des binationales tout en faisant progresser les joueuses locales.

Fraîchement débarqué en décembre dernier, Reynald Pedros, sélectionneur des équipes nationales féminines du Maroc (A, U16 et U17), a déjà fait sien l’objectif annoncé par la Fédération royale marocaine de football (FRMF) : « faire partie des meilleures nations africaines féminines ». Surtout qu’en 2022 la Coupe d’Afrique se jouera au Maroc. Impossible, donc, pour le nouveau staff, de ne pas mettre toutes les chances de son côté pour espérer soulever le trophée dans quelques mois.

17 binationales sur 23

« On s’est aperçus qu’il y a beaucoup de joueuses très intéressantes qui évoluent en Europe. Elles ne sont pas toutes forcément dans de grands clubs, mais elles disputent régulièrement des championnats de bon niveau », explique le nouveau coach des Lionnes. Le dernier stage, qui se déroulait du 7 au 15 juin, avait pour but d’identifier les joueuses susceptibles d’intégrer le groupe pour la CAN 2022. Sur les 23 présentes, six étaient pensionnaires de l’ASFAR de Rabat, et pas moins de 17 étaient binationales – l’autre nationalité étant généralement européenne (française, espagnole, néerlandaise, anglaise, suédoise…), mais aussi américaine ou algérienne.

Au Maroc, il n’y a jamais eu de filière de formation professionnelle pour les joueuses. Si on veut progresser sur le long terme, on doit pour l’instant apprendre à se reposer sur des binationales.

Reynald Pedros

Cette proportion très élevée, Reynald Pedros l’expose comme une conséquence indirecte de la pandémie de Covid-19 car il n’a pas été possible de réunir tout le monde lors du premier stage en février. Il l’assume néanmoins, exprimant sa volonté d’aller chercher les meilleures joueuses marocaines quitte à puiser sur la rive nord de la Méditerranée.

« Au Maroc, pour ainsi dire, il n’y a jamais eu de filière de formation professionnelle pour les joueuses. Si on veut progresser sur le long terme, on doit pour l’instant apprendre à se reposer sur des binationales. Évidemment, notre intention n’est pas de délaisser les locales, au contraire », nuance l’ancien milieu de terrain aux 25 sélections en équipe de France.

Résultats probants

La stratégie de l’entraîneur double champion d’Europe des clubs sur les bancs de l’Olympique lyonnais féminin, qui reconnaît chercher avant tout la qualité sportive, s’est pour l’instant révélée payante. En match de préparation contre le Mali en juin dernier, les Lionnes se sont imposées à deux reprises (3-0, puis 3-2). Mettant en avant les compétences techniques, physiques, athlétiques et mentales de ses joueuses, le sélectionneur insiste : « Quand on démarre une compétition comme la CAN, notre équipe ne doit pas tenir à deux, mais bien à 24 ou 26 prêtes à affronter la compétition. »

Eva Allice, latérale gauche de 19 ans évoluant en première division française avec le FC Nantes, reste convaincue « qu’une complémentarité entre les footballs européen et africain peut se créer ». Et si elle avoue avoir eu quelques doutes avant de répondre favorablement à sa première convocation en février, elle adhère aujourd’hui à 100 % au projet : « Il est évident que nous nous devons d’ajouter quelque chose à ce groupe, de donner de nous. C’est dans le ‘pacte’, que ce soit footballistiquement ou humainement. »

Ne laisser personne derrière

Lina Chabane, milieu défensive au FC Fleury 91 – également dans l’élite hexagonale –, veut retenir la cohésion et la complémentarité dont la sélection nationale fait montre. « J’ai beaucoup voyagé dans le foot, j’ai vécu différentes cultures footballistiques, et je pense que ça pourrait être un atout pour cette équipe », estime la jeune femme de 24 ans, qui vient elle aussi de connaître ses premières capes face au Mali – son propos rappelant en filigrane qu’une certaine concurrence n’est pas exempte.

Si jamais j’avais meilleur en local, je prendrais sans aucun problème ! La clé ne sera pas toujours et forcément du côté de l’étranger.

Reynald Pedros

Le sélectionneur l’affirme, « toutes les footballeuses doivent forcément apporter un plus à l’équipe. Ensemble, nous devons rehausser le niveau général pour qu’un avenir à l’étranger soit aussi possible pour les joueuses locales qui le souhaiteraient.» Car celles qui possèdent un double passeport « évoluent pour la plupart en Europe et prennent déjà part à des championnats professionnels ».

L’envie de ne laisser personne derrière et de s’inscrire dans une stratégie de long terme, le presque quinquagénaire la clame sans faux-semblants : « Si jamais j’avais meilleur en local, je prendrais sans aucun problème ! La clé ne sera pas toujours et forcément du côté de l’étranger. »

Reynald Pedros avant la finale de la Ligue des champions disputée par ses joueuses de l’Olympique lyonnais, le 24 mai 2018 à Kiev (Franck Fife / AFP).

Formation continue et sport-études

Alors, celui qui travaille aux côtés de l’Américaine Kelly Lindsey, directrice du football féminin à la FRMF, n’oublie pas l’une de ses missions premières, celle de « bosser avec des joueuses locales » afin d’amenuiser les différences de niveaux. Ainsi, hors des périodes de rassemblement, il prend sous son aile les meilleures footballeuses de Botola « pour les faire travailler au maximum et pour repérer les lacunes qu’on pourrait améliorer ».

De nombreuses solutions sont actuellement en train d’être mises en place pour voir éclore de nouvelles pépites dans le royaume, comme les structures de sport-études annoncées par le président Fouzi Lekjaa. « Nous pourrions former de jeunes joueuses, dès l’âge de 15 ans, en préformation. Justement pour que les équipes nationales puissent récupérer les fruits de ces efforts dans quatre ou cinq ans », se réjouit Reynald Pedros.

Aujourd’hui, le sélectionneur dit avoir le plein soutien de la fédération*. Et, surtout, la confiance et l’assentiment de ses joueuses. Car il le sait, pour enchaîner les bons résultats, locales et binationales devront s’enrichir mutuellement afin de porter au plus haut les mêmes couleurs chérifiennes.

*Contactée, celle-ci n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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