Plusieurs années avant les stars Nacer Chadli et Marouane Fellaini, Nordin Jbari est devenu en 1996 le premier joueur d’origine nord-africaine à évoluer avec la sélection nationale belge de football. Né en Wallonie de parents Marocains, l’ancien attaquant du FC Bruges et de La Gantoise, aujourd’hui reconverti consultant média, nous raconte sa courte mais fondatrice expérience avec les Diables rouges.

Les faits commencent à dater, mais les souvenirs sont toujours là. L’histoire retiendra que Nordin Jbari restera à jamais comme le premier joueur originaire d’Afrique du Nord à avoir été sélectionné en équipe nationale belge, plus d’une décennie avant Marouane Fellaini, Nacer Chadli, Nabil Dirar ou encore Zakaria Bakkali.

Ma première sélection, c’était contre les Pays-Bas, à Bruxelles, en qualifications pour la Coupe du Monde 1998 [le 14 décembre 1996], se souvient le quadragénaire. J’étais entré à quinze minutes de la fin et nous avions perdu 3-0. La seconde, c’était en match amical en Irlande du Nord [le 11 février 1997], j’avais joué une dizaine de minutes et on s’était également incliné sur le même score…”

“Sportivement, c’était logique”

Il n’y aura jamais de troisième cape pour Jbari, qui aura tout de même connu deux sélectionneurs (Wilfried Van Moer puis Georges Leekens) en moins de deux mois. “Lors de cette saison 1996-1997, je jouais à La Gantoise. J’arrivais d’Anderlecht, où j’avais effectué mes débuts professionnels. Je marquais pas mal de buts dans mon nouveau club. Sportivement, il était logique que je sois convoqué, explique l’actuel consultant de la RTBF (Radio télévision belge francophone), d’Eleven Sports et d’Al Jazeera.

“Mais j’étais jeune, il y avait dans cette équipe des attaquants plus âgés et confirmés comme Luc Nilis, Marc Wilmots, Marc Degryse, Luis Oliveira, et il était normal qu’ils aient davantage de temps de jeu. Moi, j’étais très content d’être là, même si, au total, je n’ai pas passé plus de trente minutes sur le terrain. Je n’ai plus été appelé par la suite car j’ai été blessé. Il y avait de la concurrence, mais je suis très heureux d’avoir porté le maillot de la Belgique.”

Approché par la FRMF

Nordin Jbari, né à Saint-Josse-ten-Noode (une commune de Bruxelles-capitale) en février 1975 de parents originaires de Tanger, aurait pu évoluer avec les Lions de l’Atlas. C’était même un souhait, alors qu’il n’était encore qu’un jeune footballeur en formation : “Je me sens belge et marocain, ce n’est pas incompatible à mes yeux. La Belgique, c’est mon pays, le Maroc, c’est mon pays. Je ne vois pas pourquoi je devrais choisir entre l’un ou l’autre. Je suis né en Belgique, que j’aime profondément, et j’ai des origines marocaines, dont je suis très fier, car j’aime aussi le Maroc.”

À l’époque, la fédération marocaine n’était pas aussi organisée, aussi professionnelle que maintenant. Aujourd’hui, si elle veut approcher un joueur, elle s’y prend autrement.

Nordin Jbari

Très tôt, Jbari a entretenu ce lien avec le royaume qui a vu naître ses parents, en y passant tous les étés – d’abord accompagné de sa grand-mère et d’un de ses oncles, puis en s’y rendant seul, une fois la majorité acquise, pour partir à la découverte de Casablanca et de Marrakech.

Pourtant, ce signe du Maroc n’est jamais venu, malgré quelques contacts informels avec de supposés émissaires de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) : “Il y avait des personnes qui me disaient que mes performances étaient suivies, que j’allais recevoir une convocation pour porter le maillot du Maroc. Mais rien n’était vraiment concret. Un jour, quelqu’un m’avait informé qu’on viendrait me voir, à l’occasion d’un match du championnat belge, que Henri Michel, qui était alors le sélectionneur du Maroc, serait également là. Mais après la rencontre, rien…  La personne m’a alors appelé pour me dire qu’ils avaient dû partir plus tôt. En fait, ni Michel ni qui que ce soit n’était venu… À l’époque, la fédération marocaine n’était pas aussi organisée, aussi professionnelle que maintenant. Aujourd’hui, si elle veut approcher un joueur, elle s’y prend autrement.”

En Ligue 1 avec le maillot de Troyes, le 20 décembre 2002 (Alain Julien / AFP).

Aucun regret

Cette absence de démarche poussée de la FRMF n’a jamais été vécue comme un regret par l’ancien attaquant, passé également par le FC Bruges, Troyes, Aris Salonique, Grenoble, le Cercle Bruges et La Louvière, dont la carrière s’est étirée jusqu’en 2006. “Franchement, je ne vis pas dans le passé, assure-t-il. Quand j’ai été appelé par la Belgique, j’étais heureux. Si ça ne s’est pas fait avec le Maroc, c’est que cela ne devait pas se faire. On m’a souvent posé la question ces vingt dernières années, et je répète toujours la même chose !”

À une époque où internet n’en était qu’à ses balbutiements et que les réseaux sociaux n’existaient pas encore, sa convocation chez les Diables rouges n’avait pas suscité de réactions particulières au Maroc. Ni en Belgique, alors que la sélection n’avait quasiment jamais compté dans ses rangs de joueurs d’origine étrangère. “Pour les Belges, j’étais là car je faisais de bons matchs avec mon club, analyse l’ex-attaquant de 46 ans. Je n’ai pas eu l’impression que les gens s’intéressaient à mes origines. Même si je me rappelle de quelques commentaires dans la presse me présentant comme un immigré, alors que je suis né en Belgique…”

Désormais, la sélection belge accueille des joueurs de multiples origines : congolaise (Lukaku, Benteke, Boyata, Denayer, Tielemans, Batshuayi), ghanéenne (Doku), marocaine (Chadli) et albanaise (Januzaj).

“Dans les années quatre-vingt-dix, il y avait Oliveira, les frères Mbo et Émile Mpenza et moi. Depuis, il y a davantage d’internationaux originaires d’autres pays. L’évolution  des règlements de la Fifa a été une bonne chose. Un joueur ayant porté par exemple le maillot de la Belgique en match amical peut désormais répondre à une sélection de son pays d’origine. Cela lui donne une chance d’évoluer avec une autre équipe. Moi, si je n’avais joué qu’une fois avec la Belgique contre l’Irlande du Nord, je n’aurais pas pu être international marocain”, conclut le binational.

Laissez un commentaire