Quelques jours après l’injonction de Mohammed VI de faciliter le retour estival des Marocains résidant à l’étranger (MRE), certains heureux ont réussi à trouver leur sésame à bas coût. D’autres tâtonnent encore à la recherche de solutions, entre saturation des sites et billets indisponibles, tandis que les transporteurs aériens et maritimes se défendent.

Dès que j’ai eu accès au communiqué, dimanche soir vers 18 h, j’ai actualisé l’application de la Royal Air Maroc pour voir si des billets avaient été mis en ligne”, raconte Hiba, 26 ans. La jeune femme, qui réside en France et compte fêter ses fiançailles cet été au Maroc, détaille le parcours du combattant qu’elle a dû subir avant d’obtenir ses tickets. Une fois les dates de départ confirmées par son fiancé, elle dit être restée sur le site de RAM de 22 heures jusqu’à 1 heure du matin :La commande fonctionnait, mais je n’arrivais pas à aller jusqu’à l’étape de validation.” Elle réussit finalement à décrocher, de justesse, trois billets aller-retour Orly-Rabat les 25 juin et 27 août, pour une valeur unitaire d’environ 150 euros. Trois jours après, elle en rigole : Dans la précipitation, j’ai quand même oublié de prendre le billet de ma petite nièce.”

Indisponibilités et tarifs élevés

Si l’ambiance est à la fête du côté de Hiba, difficile d’en dire autant pour les MRE qui sont toujours à la recherche du précieux sésame pour leur retour estival. Surtout lorsque la compagnie aérienne nationale annonce ce mercredi 16 juin à la mi-journée que les vols en provenance de France, d’Italie, de Belgique et des Pays-Bas affichent désormais complets au mois de juillet. Malgré une “large disponibilité pour des arrivées aux mois d’août et de septembre annoncée par un tweet officiel, les chances s’amenuisent à mesure que nous nous aventurons sur leur site pour effectuer des simulations. Au menu : indisponibilités et prix plus élevés qu’annoncés.

Face à ces incompréhensions, Royal Air Maroc assure à Diaspora être “mobilisée pour renforcer son offre et rajouter d’autres vols” – chose faite avec l’annonce, jeudi 17 juin, d’avions supplémentaires pour les semaines du 29 juillet et du 2 septembre depuis Bruxelles, Paris, Francfort, Amsterdam, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Lyon. Cette impossibilité à réserver désormais ses billets en juillet, et la difficulté entrevue pour le mois d’août, la compagnie les explique par une demande massive coïncidant notamment avec l’Aïd Al-Adha (prévue aux alentours du 20 juillet).

Il faut que les clients aient bien en tête qu’il sera impossible pour tout le monde de voyager en avion aux mêmes dates. Nous avons eu beau augmenter l’offre, la demande est trop forte.

Une source autorisée de RAM à Diaspora

Les conseils de RAM sont alors de choisir une autre période pour partir, ou bien d’attendre que d’autres vols soient proposés. “Il faut que les clients aient bien en tête qu’il sera impossible pour tout le monde de voyager en avion aux mêmes dates. Nous avons eu beau augmenter l’offre, la demande est trop forte. D’autres moyens de transport vont devoir être privilégiés”, indique notre source interne. Quant aux derniers billets proposés en août, au prix plus élevé qu’annoncé, cela s’explique par la classe “business” de ceux restants, non concernée par l’opération promotionnelle.

Combines

Sur les réseaux sociaux, les Marocains du monde continuent de rechercher des solutions. Parmi elles : trouver une famille pour payer moins cher, partir d’Espagne, opter pour une compagnie à bas-coût qui pourrait leur permettre de voyager dans leur budget, ruser en prenant des dates plus lointaines pour revenir petit à petit à la date escomptée, ou encore et plus simplement opter pour le bateau.

À ce jour, Ryanair pourrait financièrement convenir à leurs attentes, mais dans la pratique, les conditions de voyage demeurent plus difficiles. Hiba en atteste : “Si j’ai sauté sur ces billets de la RAM, c’est aussi parce que ça nous permettait de voyager correctement, avec un bon repas.”

Plus les jours passent et plus l’effervescence et la pression sont fortes pour les expatriés marocains, certains se faisant même avoir par certaines annonces. Sur un groupe destiné au soutien entre MRE souhaitant rentrer au Maroc, ouvert il y a quelques mois sur Facebook, une certaine Myriam Bmo déclare avoir trouvé un vol sur le site Gotogate, aux tarifs annoncés avec supplément… avant de voir sa réservation annulée, à sa “grande surprise”, le lendemain, sans raison apparente. Elle annonce devoir désormais attendre quatorze jours pour un remboursement.

Difficultés économiques

Côté maritime, la ritournelle est pour l’instant la même : les capacités proposées arrivent à saturation. “Habituellement, nous pouvons transporter entre 2000 et 3000 passagers par traversée, mais à cause de la crise sanitaire, seule la moitié des places est garantie. Nous atteignons la saturation en raison de la réduction du nombre de lignes qui nous est permise par les autorités au Maroc. Si nous avions l’autorisation d’ouvrir d’autres liaisons, et d’augmenter les jauges au-delà des 50 % actuels, nous le ferions sans hésitation”, affirme Halima El Mansour, responsable administrative et du développement chez Grandi Navi Veloci (GNV) au Maroc. Le premier navire GNV a quitté le port de Sète mercredi 16 juin, avec à son bord 800 passagers qui devaient arriver le lendemain soir à Tanger Med.

Nous essaierons de nous ajuster au maximum en lançant des offres promotionnelles très prochainement, mais des prix trop bas pourraient avoir des répercussions économiques importantes sur nos finances.

Halima El Mansour (GNV)

Notre interlocutrice met en avant les difficultés économiques induites : “Nous essaierons de nous ajuster au maximum en lançant des offres et des promotions très prochainement, mais nous ne pourrons pas proposer des prix compris entre 100 et 150 euros [pour une personne seule voyageant depuis Sète, Marseille ou Gênes, les seuls ports pour l’instant concernés par l’opération Marhaba]. C’est très bas et ça pourrait avoir des répercussions économiques assez importantes sur nos finances, notamment dans la période marquée par les conséquences du Covid.

Actuellement en discussion avec le ministère des Transports et la marine marchande au Maroc, ainsi qu’avec la Fondation Mohammed V pour la solidarité, la société assure tout faire pour répondre favorablement à la demande du roi Mohammed VI, mais que les billets lancés ne pourront pas, dans tous les cas, être plus bas que 300 euros.

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