Modar Alaoui est CEO d’Eyeris, une start-up installée dans la Silicon Valley, en Californie, qui fabrique des logiciels pour équiper des véhicules autonomes et hautement automatisés. Pour Diaspora, il s’est prêté au jeu de “l’entretien d’embauche”.

Le serial entrepreneur marocain, diplômé en “Integrated Marketing Communications and Human Behaviour Understanding” de l’Université de Concordia à Montréal, s’est fait connaître par son implication dans le domaine des technologies d’analyse de visage, de reconnaissance d’émotions basées sur l’intelligence artificielle et de vision par ordinateur. Autant d’outils qui permettent d’améliorer le système de pilotage automatique des voitures du futur, et de positionner avantageusement sur ce créneau Eyeris – qui compte aujourd’hui une trentaine d’employés mais ne communique pas sur son chiffre d’affaires, précisant sobrement avoir connu “une première année fiscale de profitabilité en 2017”.

Diaspora : Pourquoi avez-vous choisi de vous implanter dans la Silicon Valley ?

Modar Alaoui : La Silicon Valley est un aimant pour les entreprises technologiques, car il existe ici un système robuste et complet qui permet aux entreprises en général, et aux start-ups en particulier, de se développer et de prospérer en se nourrissant de l’écosystème présent tout autour. Il y a évidemment les grandes entreprises, mais aussi des cabinets d’avocats pour gérer toutes les règles et les réglementations pour les start-ups, des banquiers, des investisseurs et des capital-risqueurs, mais aussi une dimension de défi… C’est cette combinaison au même endroit de tout ce dont a besoin qui fait de ce périmètre d’une vingtaine de miles de rayon un lieu unique.

Quels sont vos points forts ?

Nous avons commencé tôt, il y a environ huit ans, fin 2013, à réunir la plus grande base de données référentielles possibles, en collectant des images grâce aux caméras de véhicules équipés. Aujourd’hui, nous en avons plus de 300 millions. Ces datas sont essentielles pour s’entraîner. Nos modèles d’apprentissage en profondeur, ce qu’on appelle le deep-learning, permettent d’atteindre le plus haut niveau de performance en termes de précision et de rapidité du pilotage.

Les technologies d’analyse de visage et de reconnaissance d’émotions basées sur l’intelligence artificielle permettent à Eyeris d’améliorer le pilotage des voitures autonomes (crédit : DR).

Nous travaillons aujourd’hui avec de grandes entreprises du secteur automobile à l’échelle mondiale. Nous avons deux sites dans la Silicon Valley, l’un à Palo Alto, où se trouve notre siège social, et l’autre à Mountain View, où nous avons un grand laboratoire de recherche et développement [R&D]. Nous avons également des bureaux au Japon, en Corée ainsi qu’en Chine, et nous serons bientôt présents ailleurs en Asie et en Europe.

À l’inverse, quels seraient vos points faibles ? 

De toute évidence, comme dans tout type d’entreprise, le risque est présent. Il est toujours là quoi qu’il arrive, et cela est vrai à la fois pour les grandes et pour les petites sociétés. Notre défi, en tant que concepteur de logiciels, c’est l’innovation. Les logiciels progressent aujourd’hui à un rythme beaucoup plus élevé que le matériel, et ça c’est un gros challenge.

Nous étions assez en avance avec notre technologie intégrée et nous avons en quelque sorte créé un marché.

Modar Alaoui

L’autre difficulté du marché sur lequel nous sommes, c’est le fait que nous construisons des technologies généralement pour l’avenir. L’adoption est donc parfois lente. Nous étions assez en avance avec notre technologie intégrée et nous avons en quelque sorte “créé” un marché. Aujourd’hui, il y a une réglementation qui pousse vers l’adoption de nos systèmes en Europe, aux États-Unis, au Japon, en Corée ou encore en Chine.

Comment vous voyez-vous dans cinq ans ?

Franchement, je nous considère toujours comme une start-up technologique fortement axée sur l’innovation. C’est littéralement ce qui nous nourrit au quotidien. Dans cinq ans, notre entreprise sera bien plus implantée dans le monde, avec beaucoup plus de présence dans les marchés clés où l’industrie automobile est forte, par exemple en Suède, en France, au Royaume-Uni, en Allemagne…

Eyeris possède actuellement deux sites dans la Silicon Valley, près de San Francisco (crédit : DR).

Aussi, avec plus de centres de R&D et de laboratoires ailleurs dans le monde, comme en Irlande et potentiellement en Inde, principalement pour l’annotation, la collecte de données et l’apprentissage de la vision intégrée. Notre technologie devrait équiper un nombre important de véhicules produits. Les échéances de la plupart des programmes sur lesquels nous travaillons aujourd’hui s’étendent de 2020 à la fin de 2023, donc ça devrait aboutir en 2024-2025.

Malgré cela, je continuerais de nous appeler une deep tech start-up dans cinq ans, car même Tesla et certaines de ces grandes entreprises se considèrent toujours aujourd’hui comme telles. Ce n’est pas tant le chiffre d’affaires ni le nombre d’employés qui comptent pour cela, mais davantage l’état d’esprit.

Combien de temps seriez-vous prêt à travailler ? 

Je vais m’impliquer pleinement dans mon entreprise, quel que soit le nombre d’heures. Il est tout à fait raisonnable de s’attendre à ce que je travaille douze heures par jour. 

Quelles seraient vos prétentions salariales ? 

Toutes les personnes qui travaillent dans le génie logiciel en général, et dans les solutions recourant à l’intelligence artificielle [IA] en particulier, peuvent avoir des attentes très élevées en matière de rémunération. En effet, il y a une pénurie d’ingénieurs en IA dans la Silicon Valley, et les enchères font rage entre Google, Facebook, Apple, Linkedin… Acquérir ces compétences est un vrai investissement pour l’avenir car elles permettent à ceux qui les maîtrisent de vivre très confortablement. Pas seulement dans la Silicon Valley, mais partout dans le monde. C’est le poste n°1 du marché de l’emploi de demain.

Qu’est-ce qui vous ferait tout abandonner pour prendre un sac à dos et partir au bout du monde ? 

La liberté. Évidemment, si j’avais cette liberté, je le ferais ! Mais pour cela, il faut évidemment avoir les moyens et la santé. La liberté financière augmente automatiquement le bien-être et le temps. Pour le reste, je peux tout faire par moi-même, avec la curiosité que j’ai naturellement. Je suis un voyageur. J’ai visité beaucoup de pays, et même les deux tiers des 50 États qui composent le pays où je vis, que je continue à explorer dès que je peux.

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