Ce mardi 25 mai, la commission Benmoussa a rendu public son rapport sur le nouveau modèle de développement. Attendu depuis des mois, le document prévoit un rôle de premier plan pour les Marocains du monde. Retour avec Narjis Hilale, membre de la CSMD, sur cette fonction de “levier du changement” octroyée à la diaspora.

Une “place de choix”, un “atout précieux dans le processus de développement du pays”. Tels sont les mots utilisés par la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) pour qualifier les Marocains du Monde. Dans ce rapport, rendu mardi 25 mai au roi Mohammed VI, le sort des Marocains résidant à l’étranger (MRE) fait l’objet d’une section spéciale. Ils apparaissent comme l’un des cinq “leviers du changement”, essentiels pour l’amorçage du modèle et pour sa mise en œuvre.

Cette place de choix est le fruit d’une “volonté forte de donner un certain poids aux Marocains du monde (MDM)”, explique Narjis Hilale. Pour l’enseignante, écrivaine, spécialiste des questions d’émancipation des femmes, d’inclusion dans le milieu du travail, d’intelligence artificielle, et membre de la commission, “le nouveau modèle est le résultat d’une approche participative et d’une intelligence collective”.

Derrière ces idées d’encouragement de l’investissement des MDM, de création d’une base de données rassemblant les MRE aux profils hautement qualifiés, de consolidation des liens culturels et immatériels avec la diaspora, nous retrouvons notamment 9 membres sur 35 issus de la communauté installée hors du royaume – dont Narjis Hilale. Pour Diaspora, cette dernière revient sur l’importance des MRE dans cette stratégie de développement.

Diaspora : Il y a quelques mois, Ahmed Charaï liait dans un édito la notion de nationalité à celle de loyauté, récusant de fait l’importance des binationaux pour le pays. Dans votre rapport, vous soutenez le contraire, mettant en avant l’importance capitale de la diaspora pour l’essor du Maroc. Comment expliquer cette différence d’appréciation ?

Narjis Hilale : Tout d’abord, il faut souligner que notre Constitution consacre l’attachement que peut avoir un Marocain à son pays tout en étant citoyen d’un autre. Les Marocains du monde ont clairement une place centrale dans le développement du Maroc ! Ce sont des acteurs clefs du changement et du développement. Avec les transferts d’argent qu’ils effectuent vers le Maroc, ils représentent une manne financière stratégique qui pèse environ 7 % du PIB. Cela se traduit à la fois en termes de niveau de vie des familles et de réserves en devises.

Cette communauté regorge de compétences qui peuvent contribuer au projet et au programme de développement du Maroc. Mais un changement est vraiment nécessaire pour y parvenir. Il faut rompre avec cette logique de transaction qui place les Marocains du monde dans une position de pourvoyeur de devises, et opter pour une approche gagnant-gagnant. Le défi est vraiment de transformer ces flux financiers en investissements qui créent de la valeur ajoutée et de l’emploi. Ensuite, reste à capitaliser et à célébrer les compétences des Marocains du monde, en particulier celles des nouvelles générations, pour le développement et le rayonnement du Maroc. Et, surtout, de participer à leur inclusion, avec un changement des représentations.

Votre texte incite à mettre l’accent sur les intérêts, mais aussi sur les besoins et les attentes de cette frange de la population au sein même de leur pays de résidence. Que cela signifie-t-il ?

Vu le profil diversifié et varié de cette communauté, il est essentiel d’en comprendre les membres. Leurs attentes et leurs besoins sont différents. Il y a bien entendu eu des dispositifs institutionnels dédiés aux Marocains du monde, que ce soit de manière directe avec un ministère chargé des MRE, la fondation Hassan II ou le CCME (Conseil de la communauté marocaine à l’étranger), mais aussi de manière indirecte via le ministère de l’Emploi, par exemple. Actuellement, nous voyons surtout qu’il y a une gouvernance éclatée qui ne favorise pas forcément la conjonction des efforts. Les politiques publiques dédiées aux Marocains du monde ne sont pas toujours efficaces car elles sont peu structurées et limitées. Il demeure également une absence de prise en considération des attentes et des besoins. Il faut avoir une approche multidimensionnelle vis-à-vis de notre diaspora, qui intègre les questions d’investissement, de développement territorial, les compétences, les partenariats, etc. Avoir une démarche unique n’est plus adéquat aujourd’hui.

Les Marocains du monde sont présentés comme un “pont” entre le marché domestique et les marchés mondiaux. L’accent n’est-il pas mis sur l’aspect financier plus que sur le social ? 

Le rapport aborde tous les aspects, que ce soit celui de la gouvernance, des mentalités, de la culture, des compétences et de l’économie. Il y a un fil conducteur qui est central, celui de comprendre les Marocains du monde dans leur diversité et dans leur pluralité. C’est un élément crucial pour l’optimisation et pour le succès des politiques qui leur sont dédiées.

Au niveau social et culturel, le document préconise une approche plus tournée vers le soft power. La politique culturelle actuelle est souvent restreinte à certaines composantes, notamment au capital immatériel comme le folklore, la gastronomie, la musique. Le but est vraiment de développer une offre qui réponde aux Marocains du monde actuel, dans leur complexité, et que nous puissions aussi exploiter pour cela les nouvelles technologies et avancées digitales. Enfin, il faut arriver à une stratégie de communication ciblée pour mettre en évidence toutes ces initiatives parfois méconnues.

Très concrètement, quelles seront les premières mesures qui pourront être prises concernant les MRE à la suite de ce rapport ?

Le rôle de la commission n’est pas d’établir une feuille de route avec des mesures à mettre en œuvre, mais de définir le cap souhaité. Nous avons néanmoins insisté sur la mise en place du CCME, avec la mise en œuvre d’une stratégie adaptée à la réalité des MDM. Maintenant, ce qui est important demeure l’appropriation, par les Marocains d’ici et d’ailleurs, de ce nouveau modèle de développement.

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