Née d’un père marocain et d’une mère française, Yasmina Tadlaoui a grandi à Casablanca avant de poursuivre ses études dans l’Hexagone. Son ambition ? Devenir officier de gendarmerie. Un brillant parcours lui a permis d’y parvenir, jusqu’à occuper aujourd’hui le poste de cheffe d’escadron dans le sud-ouest de la France. Portrait d’une femme atypique.

Yasmina Tadlaoui, 37 ans, dirige une centaine de gendarmes. Elle se souvient de sa première mission en tant que jeune officier : “J’avais 27 ans et seulement deux années d’ancienneté dans le métier, je travaillais sur un dossier de trafic de stupéfiants. À la tête d’un groupe d’observation et de surveillance, je me suis retrouvée en filature derrière un convoi pour participer à la saisie d’une tonne de cannabis!” Un moment mémorable que la jeune femme raconte avec beaucoup d’émotion.

Yasmina, qui a un statut de militaire, fait partie des 22 % de femmes engagées dans la gendarmerie. Comme l’exige le métier, elle change de poste et de région tous les quatre ans. Un critère qui l’a paradoxalement séduite : Dans la gendarmerie, la polyvalence, c’est notre ADN. D’un travail de police judiciaire au Peloton de surveillance et d’intervention (PSIG), en passant par l’office central, les commandants en gendarmerie touchent à tous les postes”, expose-t-elle.

Une vocation née au lycée Lyautey

Yasmina a quitté son Maroc natal à sa majorité afin de concrétiser son projet professionnel : travailler dans les forces de l’ordre. “J’étais très attachée à ma famille, à mes parents et à ma sœur Soraya. Cela a été très difficile de les abandonner, mais il fallait que je quitte le cocon familial pour entreprendre la carrière à laquelle j’étais destinée”, explique-t-elle.

Yasmina, partie après avoir effectué sa scolarité au lycée Lyautey à Casablanca, a conservé des relations avec ses anciens camarades de classe – qui, pour certains, ont également choisi la voie de l’exil. Quelques copains ont décidé de poursuivre leurs études en France. Pour ma part, difficile d’imaginer cette carrière au Maroc, donc je n’avais pas le choix”, argue-t-elle. Son baccalauréat en poche, elle s’inscrit en classe préparatoire hypokhâgne à Poitiers, puis intègre la prestigieuse école de Sciences-po, à Paris, où elle obtient un master 2 en relations internationales.

Dès lors, la jeune femme sait que son avenir est tout tracé. À Lyautey, lors de la Journée d’appel de préparation à la défense [JAPD, qui a remplacé le service militaire], des représentants de l’armée de terre sont venus nous présenter leurs métiers. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que c’était ce que je voulais faire”, assure-t-elle.

Ni misogynie ni racisme

Après son succès à deux concours d’entrée à l’École des officiers de la gendarmerie nationale française, Yasmina y passe deux ans. Elle est promue lieutenant et recrutée, en 2010, en tant qu’employée judiciaire à Dijon. Quatre ans plus tard, elle est mutée dans un office central en région parisienne, puis, en 2017, elle rejoint l’état-major en Corse. Depuis 2020, elle fait partie de la compagnie de Parentis en Born, dans les Landes.

Ce qui me plaît dans mon métier depuis treize ans, c’est d’être au service des autres. La gestion des ressources humaines est une dimension que j’apprécie. Je travaille à la fois sur le volet ‘préventif’, dans l’accueil des femmes victimes de violences intra-familiales par exemple, et sur un volet répressif de lutte contre la délinquance”, détaille-t-elle.

Mme Tadlaoui assure que sa position en tant que femme dans un milieu majoritairement masculin n’a jamais posé problème. Tout au long de son parcours professionnel, elle a eu l’occasion de commander des messieurs beaucoup plus âgés. Mes hommes attendent d’un chef qu’il commande. Ils doivent savoir où ils vont. Ils ne pardonnent pas à un chef qui ne commande pas”, explique-t-elle. Elle déclare n’avoir pas eu à subir de réactions prêtant à confusion de la part de ses collègues, sauf peut-être un peu de paternalisme plutôt bienveillant.

Au sujet du racisme présumé dans les rangs de certains corps habillés, selon elle, la violence policière institutionnalisée n’existe pas”, il n’y a que des dérives individuelles dont les médias se font écho. Pour la cheffe d’escadron, il est inconcevable de mal se comporter avec un uniforme”. Elle précise que les violences policières ont toujours existé, mais elles sont simplement davantage médiatisées depuis quelques années grâce aux téléphones portables et aux réseaux sociaux.

Dimension sociologique et culturelle

Parmi les affaires qu’elle a eu à traiter et dont elle conserve un vif souvenir, Yasmina Tadlaoui cite une enquête menée à l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante : Nous avions travaillé sur un dossier portant sur la mafia georgienne, un groupe criminel extrêmement bien organisé. La dimension sociologique et culturelle était très intéressante”, se remémore l’ancienne étudiante de la rue Saint-Guillaume.

Ça commence par des vols à l’étalage et ça va jusqu’au crime organisé. Nous avons arrêté le cerveau de cette mafia. Sa garde à vue a été mémorable, car on est au-delà des délinquants qui volent pour le simple appât du gain… C’est cela aussi notre métier : comprendre le cheminement qui conduit ces personnes à choisir un autre chemin que la voie légale”, relativise-t-elle.

Mariée et maman d’un petit garçon de cinq ans, Yasmina confie que le Maroc lui manque beaucoup. Mon mari se verrait bien s’y installer pour la retraite, au moins quelques mois dans l’année”, dit-elle. En attendant, la Franco-Marocaine effectue des allers-retours réguliers sur la terre de ses origines. Le Maroc, c’est le pays dans lequel j’ai grandi. C’est le lieu où se trouvent mes racines. Il m’est impossible d’y renoncer”, conclut-elle.

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