Chaque année, ils débarquent aux quatre coins de l’Europe, en quête d’aventures et de découvertes. Langue hésitante, pandémie parfois présente, ces étudiants marocains partis en séjour Erasmus se rappellent de l’importance de s’intégrer dans une communauté. Aux côtés de Diaspora, ils racontent leur expérience, leurs difficultés et leurs meilleures anecdotes.

Tout commence par un premier pas en terre inconnue. “Je revois mon arrivée au Danemark, à l’aéroport, avec mes deux grosses valises. Perdue, je faisais face à un véritable choc culturel”, raconte Nissrine. L’étudiante de 25 ans, débarquée à Copenhague pour une période de trois mois en 2017, confie ne pas avoir tout de suite réalisé l’importance d’un tel séjour. Prise dans un flot de papiers et de formalités, elle avoue avoir suivi le mouvement qu’on lui indiquait. Elle évoque, de manière légère, avoir surmonté son arrivée avec un “anglais un peu limite”

Cette barrière de la langue, Hajji, étudiant de 22 ans, en séjour à Valence en 2020, se souvient très bien s’y être heurté. “Je savais dire ‘Me llamo Hajji’… Et je m’en servais à toutes les sauces.” Il se repasse le fil de l’une de ses premières soirées en Espagne. Une soirée d’étudiants en médecine, pensant qu’il s’agissait d’une fête Erasmus. “Je me suis infiltré toute la soirée, sans savoir parler espagnol et sans avoir de connaissances en médecine. Je ne connaissais personne, mais j’avais appris par cœur des formules de base. Je les ressortais, ça passait. Jusqu’au moment où j’ai commencé à bégayer… J’étais découvert”, raconte-t-il avec amusement et nostalgie.

De l’importance d’un groupe

Si, dès le début, le jeune homme s’invite dans les soirées hispaniques, il le reconnaît, c’est aussi pour booster son cercle d’amis. Et c’est d’ailleurs lors de l’un de ces événements qu’il rencontre Zineb, une Marocaine, amie avec l’un de ses cousins. “Elle nous a donné tous ses bons plans à Valence. Où aller, où ne pas aller, où voyager et comment le faire. Sans cette soirée, je n’aurais pas eu la chance de la rencontrer et de pouvoir me repérer si rapidement.”

Nissrine, du même avis, a passé ses premiers temps seule et mélancolique à Copenhague. Dès son troisième mois sur place, elle se fait un groupe d’amis français, parsemé d’autres nationalités. “J’ai ressenti le besoin de ma communauté française et marocaine là-bas. Mais je me suis aussi ouverte aux autres cultures, c’était l’occasion d’en apprendre sur elles. Certains étaient ici en stage, d’autres étaient filles au pair ou juste expatriés et aventuriers. C’était hyper enrichissant de rencontrer des personnes si audacieuses !” Avec eux, elle se rappelle avoir participé à des barathons, être allée en boîte de nuit, et surtout que son aventure a pris un autre tournant.

Trouver des amis ? Ou trouver une famille ? Mouad, contrairement à la majorité, n’a pas été attiré par les grandes colocations et les grands groupes d’amis. L’étudiant de 22 ans, arrivé en Angleterre à Exeter en 2020, raconte avoir vécu en famille d’accueil pour ses mois d’échanges. Une famille d’expatriés “trop cool”, dans laquelle il se sentait “chez lui”. Dans cette maison de 7 chambres, il raconte avoir cohabité – en dehors des parents et des enfants – avec une Slovaque : “Je lui sortais des sons de l’alphabet arabe, et elle faisait de même dans sa langue. On rigolait bien.” Il se souvient aussi des tours de ménage, et de l’ouverture d’esprit qui régnait dans cette maison. De l’entraide et de l’intégration, de l’invitation à voyager avec la famille, jusqu’au moment du premier confinement.

“Pour améliorer mon niveau, je regardais Netflix en VO”

En dépit d’une crise sanitaire venue bousculer son aventure, Mouad ne retient que le positif. “On préparait nos repas ensemble, on faisait des sorties et des soirées en famille. On allait aussi beaucoup courir les uns avec les autres. On avait même commencé la série Gotham.” L’étudiant ne semble avoir que peu de regret sur son aventure, même confinée. Hajji, quant à lui, confie avoir développé certaines techniques pour ne rien louper de ce qu’il était venu chercher. Pour le jeune homme, qui voulait apprendre l’espagnol, cette période de confinement ibérique est mal tombée. Lui qui n’avait pas de personnes hispaniques dans son entourage proche a dû s’adapter. “J’ai regardé toutes les séries possibles et imaginables en espagnol sur Netflix. Quand j’entendais une bonne réplique, j’essayais de la retenir pour la ressortir en soirée. Et comme le confinement a duré assez longtemps, j’ai eu le temps de m’entraîner. Et ça a vraiment fonctionné !

Niveau adaptation, Abderrahmane a su maintenir le niveau. Cet étudiant-ingénieur de 24 ans, arrivé en France en août 2020, a profité des groupes WhatsApp pour se faire des amis, malgré le confinement et le couvre-feu. Il raconte comment dans sa résidence Crous à Brest, il s’est constitué un petit groupe d’expatriés. Au début, ils faisaient des “voyages à la mer”, puis rapidement, des “soirées cartes” ou “chocolat chaud”. Bien qu’il regrette ce tout-distantiel, c’est avec la voix chaleureuse et le sourire espiègle qu’il énumère ses nouveaux amis et ses nouvelles connaissances. “J’ai rencontré des personnes du monde entier, notamment du Brésil et d’Amérique latine. Lors des réunions qu’on faisait, j’entendais beaucoup de diversité dans les langues : du français, du portugais, de l’allemand, de l’arabe. C’est comme ça que j’ai appris des mots qui venaient de différentes langues. Bon, des gros mots essentiellement…” Aujourd’hui en stage en Île-de-France, Abderrahmane prévoit de rentrer au Maroc durant la période estivale.

Et si tous relèvent ce plaisir de revenir au pays, ils marquent d’autant plus la chance d’avoir pu partir et explorer. Nissrine résume : “Je suis très fière, avec un peu de recul, d’être partie toute seule. Il faut le faire au moins une fois dans sa vie : partir dans un autre pays, se confronter à soi et aux autres. Pour voir jusqu’où on peut aller. Ça m’a changée, je suis plus débrouillarde. Je ne crains plus de voyager seule et d’être avec moi-même. J’ai pris de la confiance et de la responsabilité, c’est indéniable.”

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