La première fois qu’il a quitté le Maroc, c’était il y 12 ans, son bac en poche. Depuis, Malca, l’auteur et l’interprète de “Casablanca Jungle”, fait l’aller-retour entre Paris et le Maroc. Il nous raconte comment il vit sa vie à l’étranger tout en étant ancré profondément au Maroc. 

Avant de s’installer au Maroc avec sa famille à l’âge de 4 ans, Malca vivait à Paris. Il garde très peu de souvenirs sur cette période. Entre ce retour et l’obtention de son bac, il n’a pas beaucoup voyagé. C’est ce besoin de découverte qui dit-il l’a fait travailler en terminale comme jamais : “C’était probablement la seule année d’étude pendant laquelle j’ai vraiment travaillé, je rêvais de partir de chez moi et ce diplôme était mon ticket pour l’aventure.

Ce besoin d’indépendance

Ainsi, le moment venu, la destination était toute choisie : une culture et une langue maîtrisées, mais pas que. “Je suis parti parce que je rêvais d’indépendance et de liberté, j’avais envie d’apprendre par moi-même et non à travers le regard de mes parents ou celui du milieu social dans lequel j’évoluais. Avant de partir, j’étais au lycée Lyautey de Casablanca, j’y ai rencontré des personnes fantastiques qui sont encore mes meilleurs amis aujourd’hui. Mais globalement, je ne me sentais pas à ma place dans ce microcosme bourgeois. Je voulais partir parce que j’avais déjà le rêve de faire de la musique mon métier, et ce rêve me paraissait irréalisable au Maroc.

Un art sur deux cultures

Si la musique de Malca résonne souvent comme des déclarations d’amour à son Maroc, ses influences n’en viennent pas moins de différentes cultures, dont la pop de la fin des 90’s. C’est de son canapé qu’il rencontre ces cultures, d’une façon, bien marocaine : “La France avant d’y aller, je ne la connaissais qu’à travers la télévision française. On la captait grâce au décodeur décrypté acheté à Derb Ghalef et à la parabole sur le toit de la maison. J’ai grandi avec tous les référents de la pop culture française des années 2000, des chaînes de vidéoclips jusqu’aux derniers programmes de télé-réalité, j’avais déjà certains codes, ça me paraissait évident que j’allais vivre un jour en France.” 

Finalement pour Malca, cette distance avec le Maroc, qui reste l’une de ses principales inspirations, est salutaire. Être à l’étranger lui permet d’avoir un regard extérieur et objectif. Tout comme être étranger à Paris lui permet d’avoir une autre idée, plus intense des gens, de la culture avec un grand C. D’ailleurs, cette culture a été la clé de sa compréhension didactique de la musique, au-delà du ressenti, du feeling, de l’instinct : “En France j’ai beaucoup étudié la théorie musicale, cela m’a permis d’intellectualiser les musiques maghrébines comme le Chaabi, le Rai ou l’Arabo-Andalou que je ressentais dans mon corps sans les comprendre avec mon esprit. J’en ai retiré les éléments que j’aimais le plus pour en faire ma propre interprétation. C’est devenu en quelque sorte ma signature.”

Crédits photo : Courtesy of Malca

Le bon dosage 

Nous avons demandé à Malca ce qu’il puiserait dans chacun de ces deux pays s’il voulait créer un lieu “parfait”. Et pour lui il est clair qu’il faut laisser ces deux pays exactement où et comme ils sont. Il étaye sa pensée en disant : “Il y a longtemps, d’autres personnes pensaient vraiment allier le meilleur des deux mondes et pour cela, ils ont récolté tous les travers du colonialisme.” C’est avec beaucoup d’objectivité et de recul qu’il sépare les deux, tout en ayant un attachement très particulier au Maroc comme à la France. 

D’ailleurs, il le répète en parlant de Paris : “J’aime Paris parce que c’est tellement grand, il y a énormément d’histoires, ça nous dépasse tellement qu’on y vit tous (ou presque) comme des anonymes et j’adore ça. D’autres, justement, détesteront cette ville pour les mêmes raisons.

Ce qui ne l’empêche pas de souffrir de ce que l’on appelle lghorba (le manque de sa mère patrie). “Franchement, c’est très dur de ne pas pouvoir être au plus près de ses proches durant cette période. La rue me manque, les êtres humains qui habitent ces rues me manquent. Les Sfenjs avec Attay ça me manque aussi. Je suis rentré qu’une seule fois depuis le début de la pandémie et c’était en partie pour refaire ma CIN marocaine, et ce qui d’habitude est considéré comme une corvée s’est révélé être presque plaisant tant le pays me manque. Après je profite de cette période d’éloignement pour justement intérioriser ce manque et l’exprimer artistiquement, ce sera très présent dans mon disque en préparation.” La liste d’éléments qui lui manquent et l’inspirent est encore longue, on y trouve “certains gimmicks du quotidien” ou des actions comme “faire des tours de côtes puis manger des pipas sur la plage 17 de Casablanca”. 

Le futur 

Ces manques ne feront pourtant pas rentrer Malca au Maroc. Pas pour l’instant en tout cas. Son avenir, artistique notamment, il le voit toujours se faire en France, à Paris. S’il adore son pays, “tchatcher en darija”, le soleil, la plage, la chaleur humaine et les gens qui le font beaucoup rire, il n’est pas prêt pour autant à quitter “le froid, la surpopulation, les petits appartements et les pizzas à 19 €”. Car c’est à Paris qu’il peut rencontrer des personnes qui artistiquement le fascinent et le stimulent. Cela ne l’empêchera pas de continuer, de faire de nombreux allers-retours même si, comme il le dit, il n’est pas très fier de son empreinte carbone. Ces venues au Maroc il les fait aussi pour constater l’évolution de la musique, pensant que les chances se rééquilibrent petit à petit, et en son temps. Avant, “il n’y avait ni rappeur marocain qui faisait des millions de vues ni plateformes de streaming. On est évidemment encore loin d’avoir une industrie viable mais ça avance dans le bon sens”. 

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