Le parti présidentiel, La République en marche (LREM), a décidé de retirer son investiture au binôme de l’entrepreneur montpelliérain Mahfoud Benali, candidat aux élections départementales des 20 et 27 juin dans l’Hérault, en raison de la présence sur son affiche de campagne de Sara Zemmahi qui apparaît avec son voile. À Diaspora, ce “marcheur de la première heure” confie son indignation et réaffirme sa détermination.

De retour à Montpellier après une excursion parisienne qui l’a conduit mardi soir jusque sur le plateau de l’émission de Cyril Hanouna “Touche pas à mon poste !”, Mahfoud Benali prend le temps de nous rappeler. L’ex-conseiller régional socialiste, expert-comptable dont le cabinet est implanté dans le quartier populaire de La Paillade, revient sur la polémique déclenchée deux jours plus tôt par un échange de tweets : le premier, émanant du vice-président du Rassemblement national Jordan Bardella, interpellant sur la présence sur son tract tout juste publié de Sara Zemmahi portant le hijab [remplaçante de sa colistière Hélène Qvistgaard] ; le second, signé par le délégué général de LREM Stanislas Guérini, menaçant de revenir sur le soutien de sa formation si le cliché, jugé “incompatible” avec les valeurs de celle-ci, n’était pas remplacé.

Diaspora : Face à la pression, avez-vous pensé à modifier votre pancarte ?

Mahfoud Benali : Pas du tout ! Ça voudrait dire quoi, qu’on peut humilier une jeune femme comme ça ? Ni la loi, ni le règlement intérieur, ni les statuts de La République en marche n’interdisent ce qui est reproché. On nous demande de retirer Sara ; nous, c’est le logo LREM qu’on va retirer. Nous réfléchissons à laisser un carré blanc avec un point d’interrogation à la place, mais c’est sûr qu’on gardera la même photo et le même slogan [“Différents mais unis pour vous !”].

Cela pourrait-il vous être préjudiciable ?

Je ne pense pas aux effets. J’ai des valeurs, j’ai ma colonne vertébrale. Quelles que soient les conséquences, positives ou négatives, nous irons jusqu’au bout. On ne peut pas demander à des gamins de respecter les lois de la République alors que des politiques ne les suivent pas. C’est l’hypocrisie française : ils ne sont pas courageux, ils n’ont qu’à voter une loi d’interdiction puisqu’ils en ont les moyens ! Si elle passe, je m’y plierais. Le voile est bien prohibé dans les lycées ou dans les services publics, et les gens ne viennent pas avec. Mais pour les affiches de campagne, ce n’est pas encadré, donc on n’a pas fauté.

Quelle a été votre réaction en découvrant les deux tweets ?

Honnêtement, le commentaire de Bardella ne m’a pas touché. C’est le fonds de commerce du Rassemblement national [RN]. À la limite, nous sommes habitués. Mais le retweet de Stanislas m’a fait très mal. À moi, au Président, au parti, aux vrais « marcheurs ». C’est le secrétaire général du mouvement qui tombe dans le piège du FN — j’emploie toujours ce sigle, parce que le nom a changé mais pas les pratiques — , il répond à ses injonctions et donne à ses pratiques une audience nationale, voire internationale. Ça veut dire qu’il est d’accord ? Le message envoyé est grave !

Imaginiez-vous déclencher une controverse d’une telle ampleur en diffusant cette affiche ?

Je ne m’attendais pas à tout cet emballement médiatique. Je me suis juste dit que ça allait faire le buzz au niveau local. Pour nous, c’était un non-sujet. Je suis habitué à travailler dans le quartier. Il y a des femmes voilées, c’est la France d’aujourd’hui. C’est comme ça, je suis désolé. Moi, je ne connais qu’une catégorie de Français qui n’a pas le droit de vote : les condamnés, les repris de justice. À part eux, tous les citoyens majeurs sont égaux. Ils sont électeurs et éligibles. C’est ça la République.

Comment la décision a-t-elle été prise au sein de LREM ?

Franchement, je ne sais même pas. J’ai noté beaucoup plus de soutiens internes que ceux que j’attendais, la majorité est avec nous. Stan Guérini ne nous a pas appelés en direct, mais on a reçu un mail reprenant plus ou moins ce qu’il avait tweeté. On a répondu en disant que, sur les prochaines affiches, on allait effectivement enlever le logo. À contrecœur, parce que je suis un “marcheur” de la première heure…

Le mouvement d’Emmanuel Macron a-t-il évolué sur ces sujets depuis sa création en 2016 ?

J’étais vraiment déçu. Je me suis dit : “Ce n’est pas possible, ils ne vont jamais faire ça.” Quand j’ai adhéré à En Marche !, c’est parce que Macron parlait à tout le monde, à tous les Français. D’ailleurs, à l’époque, il y avait dans son équipe de campagne une femme voilée qui s’occupait du protocole. Elle l’aidait, elle était visible, on la voyait avec lui sur les photos, à la télé, etc.

En cinq ans, qu’est-ce qui a changé ?

Le Président est venu récemment à La Paillade, où il a discuté avec une résidente voilée qui lui racontait que son fils lui avait demandé si le prénom “Pierre” existait bel et bien, tant on connaît un manque de mixité depuis des années. Ce sont les politiques qui ont créé ça. Donc maintenant, avec cette décision-là, non seulement les habitants de nos quartiers ne connaissent plus Pierre, mais LREM veut chasser aussi les Sara ?

D’après vous, l’incendie est-il éteint, ou n’est-ce que le premier coup bas de la campagne à venir ?

Ce n’est que le début. On va participer à cette élection pour la gagner, et Sara est sur la même ligne. Je pense qu’on a lancé un débat national sur ce que sont la République et la laïcité. Il faut prendre de la hauteur. Moi, je suis contre les salafistes. En tant que citoyen français, je ne conçois pas que des intégristes nous disent que la charia est au-dessus des lois, et je soutiens le projet contre les séparatismes. Le problème, c’est qu’il y a une stigmatisation, un amalgame de tous les musulmans. Quand on interdit à une jeune fille voilée, qui est pourtant ingénieure et parfaitement intégrée, de se présenter aux élections en tant que suppléante, ça veut dire quoi ?

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