Au Québec, la question du racisme systémique n’est pas nouvelle. Les populations racisées et autochtones continuent d’être discriminées. Depuis la mort de George Floyd aux États-Unis, le gouvernement est pressé d’agir. Pour l’instant, un plan d’action est en cours, mais la réaction en demi-teinte du gouvernement laisse sceptique. 

C’est jouer sur les mots pour rien”, déclare l’acteur et présentateur Patrick Huard à Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones. C’était le 17 mars dernier lors d’une émission de télévision : le présentateur y dénonce le refus du gouvernement québécois de parler de racisme systémique. La société civile défend que “reconnaître le terme serait un pas”.

Le Canada et l’Ontario utilisent le terme. “Nos systèmes traitent les Canadiens d’origines diverses différemment qu’ils ne le font avec les autres”, avait déclaré le Premier ministre Justin Trudeau en juin 2020 après l’assassinat de George Floyd. Pourtant, le Québec maintient que cela ne s’applique pas à la province : “Les Québécois ne sont pas racistes”, mais un problème de racisme existe.

Un rapport de plus

C’est l’enjeu du moment au Québec. La question fait débat depuis des années, mais la mort de George Floyd, les conférences, tables rondes et manifestations se succèdent. Pour y répondre, le gouvernement provincial a formé le Groupe d’action contre le racisme (GACR), dont le rapport a été publié en décembre 2020.

Sur 13 recommandations, cinq concernent les populations autochtones. On compte répondre à chacune d’elles”, explique Benoit Charette, ministre responsable de la lutte contre le racisme depuis le 24 février. Sa nomination était l’une des recommandations. Parmi elles, tous les secteurs sont couverts : le logement, l’emploi, la sensibilisation à la population, l’éducation, la police, mais aussi la justice.

Ce texte a été accueilli en demi-teinte par les populations discriminées et la société civile, car il est loin d’être le premier du genre. Les rapports se sont succédé ces dernières années, dénonçant successivement les discriminations à l’égard des Premières Nations, des Inuits et des personnes racisées, les actes haineux, le profilage racial, ou encore les discriminations dans les services publics ou la ville de Montréal.

Les chiffres du racisme systémique

Mais rien n’a changé. En témoigne l’histoire des deux symboles de la lutte antiraciste au Québec : Mamadi III Fara Camara et Joyce Echaquan. Le premier, étudiant d’origine guinéenne, a été victime de profilage racial en janvier 2021 et accusé à tort d’avoir tenté de tuer un policier lors d’une altercation qu’il voulait signaler. La seconde, Attikamek, est décédée en septembre 2020 sur son lit d’hôpital après s’être filmée pour dénoncer le racisme qu’elle subissait.

Parallèlement, les crimes haineux déclarés à la police ont augmenté de 49 % en 2017. Les plus ciblés sont les musulmans (24 %) et les Arabes (11 %). Une étude publiée en 2019 montrait que les personnes racisées occupaient 2 % des postes de direction dans la grande région de Montréal. Leur salaire est 25 % moins élevé que pour les personnes blanches. Elles ont quatre à cinq fois plus de chances de se faire interpeller par la police que les autres. Les minorités racisées continuent d’être largement minoritaires dans le secteur public, les médias ou la culture, tout comme les populations autochtones.

Enfin au Canada, le racisme touche aussi largement les populations autochtones, qui vivent encore sous la Loi sur les Indiens, adoptée en 1876 et fortement discriminante. Pour les assimiler à la culture québécoise, les enfants étaient séparés des familles et envoyés en pensionnat jusque dans les années 80.

Espoir

Tous ces problèmes sont connus et fortement documentés. On a un plan d’action. Ce n’est pas juste un énième rapport. On a une obligation de résultat”, se défend Benoit Charette. Dans la lignée de son gouvernement, le ministre ne parle pas de racisme systémique. Il reconnaît néanmoins que « le racisme est présent partout, ce ne sont pas juste des actes isolés ».

“Si le mot systémique n’est pas prononcé, des mesures du rapport sont bel et bien de nature systémique”, nuance Myrlande Pierre de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). Elle espère que le rapport fera changer les choses. Mais la commission a encore quelques attentes : “Il manque encore une politique nationale pour régler ce problème systémique et pérenniser les actions”, insiste Mme Pierre.

Montréal comme exemple ?

C’est justement la mission de Bochra Manaï, en tant que commissaire à la lutte contre le racisme systémique à la ville de Montréal. Elle a été nommée le 12 janvier dernier pour coordonner la refonte des institutions de la métropole. “Les mesures adoptées ne doivent pas être vues comme une contrainte. Il faut que l’engagement soit durable”, insiste-t-elle.

Comment ? Avec des cibles “ambitieuses et contraignantes” dans tous les secteurs. Une collaboration étroite est en cours avec la police de la ville. “En ressources humaines, il faut revoir la loi d’accès à l’égalité en emploi. Cela pourrait créer un appel d’air pour les personnes de la diversité”, explique Bochra Manaï.

Cette loi est justement l’un des textes pour lesquels la CDPDJ demande une réécriture au ministre Benoit Charette. Alors qu’il vient d’entrer en poste, il est déjà attendu au tournant pour faire changer les choses pour de bon.

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