Rizlaine Anous El Alaoui a déménagé au Maroc à 25 ans pour mieux connaître ce pays qu’elle ne fréquentait qu’en vacances. Elle nous raconte comment elle s’est adaptée, sans trop de difficultés, aux codes marocains et s’est enivrée de cultures arabe et africaine. 

C’est pour répondre à sa quête identitaire qu’en 2014 Rizlaine Anous El Alaoui, alors âgée de 25 ans, décide de s’installer au Maroc. “Malgré tout l’effort de mes parents de nous mettre en lien avec nos origines, le Maroc restait un pays de vacances que j’estimais ne pas connaître dans sa complexité et son entièreté”, nous raconte la juriste d’entreprise. Avant son emménagement, déjà, la Colmarienne aimait “ce pays comme le sien”, où sont nés ses quatre grands-parents, où a grandi son père, et où elle se rend tous les étés. Mais elle souhaite mieux le connaître. Elle y effectue un stage de deux mois pendant ses études. L’expérience est trop courte, elle n’est pas rassasiée. Alors, elle choisit de s’y installer. Sa famille est étonnée, la met en garde contre les différences de code et la sécurité. Mais Rizlaine est sûre d’elle : “J’en avais envie plus que tout.” Avec le recul, elle le reconnaît : “Ce n’était absolument pas rationnel, cette envie relevait du cœur.” Après une première année d’expérience professionnelle à Paris, elle décroche finalement un poste chez Méditel, à Casablanca. 

Série

Va-et-vient

Ils sont nés ici, puis sont partis vivre là-bas. Ils sont nés là-bas, et ont eu envie de vivre ici. Où ça ? Entre le Maroc et l’étranger. La série “Va-et-vient” raconte ces allers-retours de Marocopolitains en quête d’un endroit où l’on se sent chez soi, quitte à ce que ce soit en ayant un pied ici, et un pied là-bas.

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Six mois après son arrivée, premier coup de cafard. “La France me manquait”, se souvient-elle. Mais elle a envie de persévérer. Et puis, administration, travail, relations amicales… la jeune femme ne rencontre pas de difficultés particulières, bien au contraire. Les différences de code et de mentalité ? Elle s’y adapte facilement, raconte-t-elle. “Je suis directe et carrée, quand ce n’est pas le cas, cela me frustre. Au Maroc, il faut mettre les formes, être rond et doux. Cela fait partie des codes que je n’avais pas, mais j’ai appris.” Et de vanter son désormais pouvoir d’adaptabilité, sa capacité à être “un vrai caméléon”. “À Casablanca, on vit avec les gardiens, les voisins… Cette proximité n’était pas naturelle pour moi. Mais j’ai appris à l’apprécier, tout en mettant des limites”, dépeint-elle aussi. Même chose pour le harcèlement de rue qui lui pesait beaucoup au début. Elle explique : “Je me suis dit que c’était dommage, que cela s’améliorerait un jour. Néanmoins, c’est comme ça. Tu l’acceptes ou tu pars.”

Je pense qu’on est d’où l’on a grandi, mais que cela n’enlève rien aux liens qu’on a avec notre pays d’origine. Faut-il encore avoir une démarche pro active. Le Maroc, ce n’est pas qu’un drapeau et une équipe de foot.” En vivant au Maroc, elle trouve ce qu’elle recherchait : une culture dont elle n’était pas si familière que cela. “J’ai commencé à embrasser la culture marocaine, à écouter Nass El Ghiwane, des chanteurs égyptiens, à regarder des films marocains… J’ai progressé en arabe, commencé à m’amuser avec la langue.” Elle résume : “Je me suis ouverte à ce nouveau monde : le Maroc, le Monde arabe, l’Afrique, font aujourd’hui partie de moi et de mon quotidien.” Elle en profite pour se rapprocher de cousins, visiter des régions qu’elle ne connaît pas, et bénéficie d’un autre cadre de vie. “J’avais l’impression que mes week-ends ressemblaient à mes vacances”, se remémore-t-elle en pensant à l’océan, maintenant qu’elle est rentrée en France.

“Je suis consciente que nous sommes différents”

“Ma légitimité en tant que Marocaine ne peut plus être remise en question”, note aussi Rizlaine Anous El Alaoui. “Quand on est Marocains enfants d’immigrés n’ayant pas grandi au Maroc, cette légitimité peut être remise en cause par d’autres (Marocains ou Français). Maintenant, je saurais y répondre assez facilement. Avant, et c’est très personnel, je me demandais si j’étais légitime à détenir cette nationalité. Aujourd’hui, ce lien est indéniable, je suis à l’aise pour le dire”, raconte fièrement la jeune femme. 

Pour autant, elle revendique un certain particularisme des enfants ou petits enfants d’immigrés marocains. “Je n’ai jamais voulu m’assimiler à des gens qui sont nés et ont grandi là-bas. Je suis consciente que nous sommes différents. Je suis persuadée que nous, les binationaux, avons nos propres culture et identité. Encore aujourd’hui : je suis Marocaine, enfant d’immigrés. Mais d’ailleurs, c’est la même chose en France : je suis Française d’origine marocaine.” Son expérience pourrait séduire ses proches, son frère et sa sœur “adoreraient vivre au Maroc”, mais n’ont pas encore sauté le pas. Elle dit connaître autour d’elle de nombreuses personnes dans cette situation. “En France, en tant qu’enfant d’immigrés, on se sent toujours montré du doigt, à la télé, lors des débats sur l’islam, par exemple. Beaucoup de personnes en ont marre. C’est peut-être un moteur pour aller voir comment cela se passe ailleurs”, imagine-t-elle, même si ce n’était pas le sien. 

Rizlaine Anous El Alaoui a déménagé à Paris il y a deux ans. Elle insiste : “Je n’en avais pas marre, d’ailleurs si c’était le cas, je ne serais pas restée cinq ans.” Elle voulait surtout se rapprocher de sa famille nucléaire, ses parents et grands-parents vivant tous à Colmar, et profiter d’une opportunité professionnelle. Mais elle imagine déjà : “Il est tout à fait possible que j’envisage un jour d’y retourner.”

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