Episode 3. Depuis vingt-et-un ans, Maroc Entrepreneurs encourage les Marocains du monde à la création d’entreprises dans leur pays d’origine, ou celui de leurs parents. Depuis janvier, Zineb Hatim, 29 ans, préside l’association depuis Paris. Pour Diaspora, elle revient sur l’investissement de la diaspora marocaine au pays.

Née à Oujda, la jeune femme a quitté le Maroc après son baccalauréat, pour poursuivre des études en France. Pour cette ingénieure de formation, le bénéfice est double : “Même loin, je contribue au développement de mon pays tout en favorisant les liens entre les membres de la diaspora”, assure-t-elle. 

L’initiative convainc puisque l’association compte aujourd’hui près de 12.000 membres. Pourtant, investir au Maroc reste difficile pour les candidats à l’entrepreneuriat. Quels sont les freins rencontrés par les jeunes chefs d’entreprise et étudiants de grandes écoles, désireux d’investir au Maroc ? Les initiatives lancées par le gouvernement sont-elles les bonnes ? Réponses avec Zineb Hatim. 

Diaspora : Quel constat faites-vous de la création d’entreprises et de l’investissement des Marocains de l’étranger ces dernières années ?

Zineb Hatim : Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une forte mobilisation de leur part. Quel que soit le pays où ils ont posé leurs valises, les MRE restent très attachés au Maroc, qui lui aussi profite de cet engouement. Cela se vérifie dans les chiffres de leur participation au PIB national [près de 6% d’après le Policy Center for the New South, ndlr]. Pour moi, ce résultat découle de l’amélioration, ces derniers temps, du climat d’investissement et d’entrepreneuriat dans le royaume. Un des exemples qui prouve ce dynamisme, c’est que quatorze ans après la première édition de Tremplin Maroc, notre programme d’accompagnement aux entrepreneurs de la diaspora, nous avons toujours autant de candidats, voire davantage. 

Comment la pandémie de Covid-19 a-t-elle impacté cet engagement ?  

Il est encore difficile d’avoir du recul sur la situation, mais je dirais qu’il est resté plutôt intact. D’autant plus que la crise économique post-coronavirus a poussé les autorités marocaines à diversifier les secteurs d’investissement, d’où les nombreux appels du pied lancés à la diaspora cette année. Malgré des bases économiques solides, le Maroc a besoin des investissements des MRE. 

Que pensez-vous justement des initiatives du gouvernement marocain pour faciliter l’investissement de la diaspora ? Sont-elles efficaces ?  

Les programmes et les mesures proposés ne sont pas des effets d’annonce. Le Maroc fait des efforts, et je pense qu’il a été à l’écoute des demandes. Un écosystème d’échanges est en train de se mettre en place, tout comme un accompagnement local sur place, pour les entrepreneurs qui souhaitent implanter leur société dans le pays. D’après les retours qui me sont faits au sein de Maroc Entrepreneurs, ces initiatives sont appréciées des MRE. 

Beaucoup d’entrepreneurs déplorent pourtant qu’il soit toujours compliqué d’investir au Maroc. 

C’est vrai qu’il y a encore des barrières. Notamment en ce qui concerne la dimension culturelle des MRE, qui viennent du monde entier. Un Marocain installé en France ne va pas entreprendre comme un Marocain basé aux États-Unis. Ils n’auront pas la même approche. C’est un vrai défi pour l’administration marocaine, et il y a encore des efforts à faire de ce côté-là. Les autorités doivent s’adapter à cette population très diverse et à ses exigences, et y répondre. C’est indispensable pour continuer à attirer la diaspora sur son sol. C’est une aubaine économique à ne pas négliger. 

Je constate malgré tout une prise de conscience de la part du gouvernement. Il faut quand même dire que les démarches administratives, les procédures d’investissement, se sont beaucoup simplifiées. La récupération et l’envoi de documents sont par exemple beaucoup plus fluides, ce qui répond aux attentes des entrepreneurs de la jeune génération. 

Les investisseurs de la diaspora sont-ils les mêmes qu’hier ? 

Ils sont de plus en plus jeunes, et l’on voit également davantage de femmes chaque année. Beaucoup se dirigent vers l’entrepreneuriat social, avec la création de coopératives en milieu rural par exemple. Les secteurs privilégiés par les investisseurs se diversifient aujourd’hui. Même s’il reste un domaine privilégié par la plupart des MRE, l’immobilier n’a plus vraiment le vent en poupe auprès des jeunes. Ils lui préfèrent de plus en plus souvent la santé, les énergies renouvelables ou le juridique. 

Depuis la crise sanitaire, je remarque aussi une forte appétence pour le “Made in Morocco”. Les entreprises qui incitent à consommer local, responsable, avec des valeurs liées à l’écologie sont de plus en plus nombreuses. Je pense qu’à ce sujet, il y aura un avant et un après pandémie. 

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