Épisode 2. Après des études et un début de carrière à l’étranger, les deux jeunes hommes suivent une voie dans laquelle peu de jeunes diplômés de la diaspora s’engagent : celle de s’installer au Maroc pour monter leur société. Retour sur leur parcours.  

Quand ils posent définitivement le pied au Maroc en 2010 et 2013, Naïm Bentaleb et Zakaria Oulad tournent une page de leur vie. Et font une croix sur tout ce qui rythme le quotidien d’un cadre au sein d’un grand groupe : les voyages d’affaires dans le monde entier, les grands hôtels, les voitures de luxe et les salaires qui vont avec. Après Londres pour l’un, et l’Allemagne, la Belgique et l’Australie pour l’autre, c’est au Maroc que les deux entrepreneurs choisissent de poser leurs valises et de créer leur propre société. Naïm Bentaleb, 35 ans, natif de Bruxelles, opte pour Casablanca, une ville qu’il n’avait jamais vue avant de s’y installer. Zakaria Oulad préfère Agadir, où il est né en 1983 et a vécu jusqu’à l’âge de 17 ans. 

Ce qui a motivé leur décision ? “Les nombreuses opportunités qu’offre le pays, et une concurrence moins rude qu’ailleurs”, répondent-ils ensemble. “Dans ce marché, la compétition est moins forte. En tant qu’entrepreneur, il est plus facile de s’y faire une place qu’en Europe par exemple, assure Naïm Bentaleb, à la tête de Xpertize Africa, une entreprise spécialisée dans le recrutement. Oui, il y a des difficultés, mais il n’y a pas plus de mauvais payeurs ici qu’à l’étranger.” Un contexte favorable à l’entrepreneuriat, qui s’est peu à peu mué en défi pour Zakaria Oulad, déçu du peu de reconnaissance exprimée par sa hiérarchie. “Quand je suis rentré en 2013, j’ai eu un regain de fierté : je voulais prouver qu’il était possible de faire quelque chose en Afrique”, confie le fondateur de la société Moza Partners, qui propose du conseil et des services financiers aux entreprises et fondateur de Soglama, une entreprise de vente de produits de la mer. 

Un retour pas toujours facile 

Ce qui n’a pas empêché le jeune homme, diplômé d’un master en management à l’Université libre de Bruxelles, de faire face à de nombreux obstacles. Professionnels – risques financiers liés à l’entrepreneuriat, baisse des revenus, complexité administrative – comme personnels. “À mon retour à Agadir, j’étais une tout autre personne. Après des années à l’étranger, mes valeurs, mes habitudes avaient changé, raconte-t-il. J’ai eu l’impression que mon pays avait évolué dans l’autre sens. Ça n’a pas toujours été très facile à gérer.”

Naïm Bentaleb, qui a lancé Xpertize Africa avec son petit frère depuis son appartement, avec sa “connexion Internet perso”, reconnaît lui aussi avoir souffert de la chute brutale de son salaire. “C’est pour ça qu’il est indispensable de bien préparer son retour, prévient Zakaria Oulad. Pour ma part, j’avais déjà investi au Maroc quelques années avant de rentrer, donc j’avais conscience des difficultés. Tant que le projet n’est pas viable, il faut repousser son retour. On ne rentre pas sur un coup de tête.”

La double culture, trait d’union des échanges

Dans les moments difficiles, Zakaria Oulad comme Naïm Bentaleb se raccrochent à ce qui les a menés jusqu’au Maroc : leur passion pour l’entrepreneuriat. “Le lancement de projet, concrétiser une idée, la voir se développer et en faire vivre d’autres personnes, c’est pour ça que je me lève tous les matins, affirme le PDG de Xpertize Africa” qui confie, tout comme Zakaria Oulad, “s’ennuyer très vite dès qu’il n’y a plus de challenges”. Pour parer à la lassitude, les deux entrepreneurs se lancent régulièrement de nouveaux défis, comme l’expansion de leur entreprise à l’international. Xpertize Africa possède aujourd’hui des bureaux au Sénégal et à Paris, et a fusionné avec le groupe d’origine belge Select, expert international des solutions RH. 

Ambassadeur tout comme Zakaria Oulad du programme gouvernemental Maghrib Belgium Impulse, destiné à appuyer les jeunes pousses maroco-belges, Naïm Bentaleb avoue que “grâce à [sa] double culture, les échanges avec la Belgique sont plus faciles”. “Il y a encore beaucoup à faire concernant le commerce bilatéral entre les deux pays, j’essaye d’y contribuer.” Le fondateur de Moza Partners, lui, trouve également du sens à son métier à travers l’apprentissage. Il intervient en effet régulièrement auprès des universités et propose d’accompagner les aspirants entrepreneurs dans leur projet. “Cela me permet de me sentir utile, soutient-il. Au Maroc, l’investissement et l’entrepreneuriat peuvent vraiment changer la vie des gens.”

L’entrepreneur ne se ferme pas pour autant à un nouveau changement de vie. “Ici, en tant qu’ancien membre de la diaspora, je vis un peu comme un expatrié, ce qui a un côté rassurant. Je me dis qu’il y a toujours des opportunités ailleurs”, confesse-t-il. Comme pour Naïm Bentaleb, son installation au Maroc “n’a jamais été un retour définitif”.

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