Bien plus qu’une simple destination, le Maroc est devenu un lifestyle qui s’exporte. Tapis berbères, moucharabiehs, imprimé kilim : la tendance Moho — contraction en anglais de Moroccan et Bohemian — prône un art de vivre cool, coloré, exotique et inspiré.

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Ce dossier a été initialement publié dans le magazine Icônes de décembre 2016.

Palm Springs, Californie. Oasis de la jet set au teint hâlé depuis les années 1960, la ville ressemble à ses clichés : soirées V.I.P. déjantées, looks extravagants et scènes de piscine ayant comme toile de fond les montagnes de la Sierra Nevada.  À première vue, aucun lien avec le Maroc. Et pourtant, à bien y regarder, le climat désertique et l’esprit à la cool qui y règnent ont de quoi suggérer que ce lieu de villégiature des stars hollywoodiennes a un petit quelque chose des villages tranquilles à la sortie de Marrakech.

De là à ce qu’une poignée d’Américains s’approprie le style si caractéristique des intérieurs marocains, il n’y a qu’un pas. Qu’ils ont allègrement franchi: dans cette ville de Californie, les haciendas mexicaines cèdent peu à peu le pas aux grandes maisons d’inspiration marocaine. Là, au milieu des palmiers et des coyotes. L’adresse-star du genre : une petite pension de charme baptisée Korakia où, du sol au plafond, les brocarts beldi, les bois précieux et les luminaires traditionnels fassis habillent des murs en pierre immaculés, comme pour mieux inviter le voyageur à s’imprégner d’une certaine désinvolture méditerranéenne. Pour peu, on se croirait à flanc de colline dans le quartier Marshan à Tanger, sur une île grecque ou dans un village reculé d’Anatolie.

En Californie, certaines haciendas mexicaines cèdent peu à peu le pas aux grandes maisons d’inspiration marocaine

Même obsession du côté de la prestigieuse chaîne d’hôtels Soho House, dont la Soho Desert House, maison éphémère, a réuni tout le gotha de la mode et de la musique internationale à l’occasion du festival Coachella en avril dernier. Image mentale : une pergola en tuiles de terre cuite, des lampes en verre soufflé multicolore et des tapis berbères jetés à même l’herbe fraîche dans les jardins, créant ce que certains appellent désormais les Moroccan tea parlors (salons de thé marocains). Une décoration propice au grand get together entre amis autour du rituel du thé, mais aussi d’alcools exotiques ou de cocktails infusés d’épices, les pieds dans l’eau, et le corps couvert de tuniques légères. Une version confortable et autrement sexy du très cérémonieux caftan marocain.


Une chambre du boutique-hôtel Korakia Pensione, niché au coeur de Palm Springs en Californie.

Un nouvel orientalisme ?

Un condensé des essentiels boho mis en scène par Hesbyblog.

Sous l’impulsion des blogs consacrés au mode de vie bohème et des nouveaux hippies de l’Internet, la lubie Moho est sur toutes les lèvres (et tous les hashtags : #moho, #boho, #morboh). Hôtels néo-orientalistes, restaurants ou cafés new moroccan se plaisent à décliner, chacun à sa manière, cette oisiveté supposément marocaine. Quitte à verser dans le kitsch, l’hôtel Figueroa à Los Angeles s’est refait une beauté à coups de portes de style arabo-andalou, de rampes d’escalier en fer forgé, de carreaux marocains aux murs et de coussins aux motifs bariolés provenant d’Afrique du Nord, mais aussi d’Iran, de Turquie ou d’Extrême-Orient. Le Moho définit ainsi un nouvel orientalisme, joignant esthétique fondamentalement mauresque et éléments ethniques ou tribaux. Un mélange d’imagerie coloniale et de confort moderne, porté par des ‘‘nouveaux nomades’’, comme aiment à se définir ces jeunes bohèmes attirés par le voyage, la curiosité et l’appropriation de styles de vie étrangers.

Du Moho au Glomo

Sequins, paille tressée et tables artisanales, dans l’un des nombreux jardins tapissés du Peacock Pavilions à Marrakech.

Mi-authentique, mi-fantasmé, le Moho n’a que faire de la géographie. Preuve en est, des maisons d’inspirations indienne, péruvienne ou italienne peuvent également prétendre au titre. S’il a actuellement été popularisé par des amoureux de la culture gypsy en Europe et en Amérique, l’esprit Moho existe aussi – et peut-être avant tout – tout près de chez nous. Le Peacock Pavilions à Marrakech est un exemple parfait de ce brassage. On y retrouve des espaces de vie traditionnellement marocains, des artefacts afghans ou égyptiens, des kilims et des wedding blankets parsemés de sequins, glanés ici et là par la propriétaire américaine, Maryam Montague, au fil de ses nombreux voyages. Au terme Moho, cette Marocaine d’adoption préfère d’ailleurs le terme GloMo (Global Moroccan), qu’elle définit comme “une esthétique internationale imprégnée d’iconographie marocaine, des espaces d’accueil aux accents tribal chic, où créatifs de tous bords et autres amoureux du design peuvent se retrouver, échanger ou simplement méditer”. Une réinterprétation glamour et internationale de l’art de vivre marocain,  mâtinée de traditions et d’influences africaines, moyen-orientales, indiennes… Plus qu’une tendance déco, Moho est en somme un style de vie, un manifeste de la décontraction, du cool et du lointain, repris librement par des espaces aux allures de caverne d’Ali Baba, dans lesquels fourmille une multitude de symboles et de reliques. Si l’inspiration n’est pas rigoureusement marocaine, l’invitation au voyage, à l’imagination et à la relaxation, a le mérite de hisser le drapeau du Maroc bien au-delà de ses frontières. Voilà qui n’est pas pour nous déplaire.

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