Les étudiants étrangers vont devoir s’armer de patience pour s’installer au Québec. Après un an et demi d’essais et de débats, la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est finalement entrée en vigueur juillet dernier. Si elle a pour objectif d’assurer l’intégration des immigrés, elle aura de nombreuses conséquences pour les étudiants. 

Ils ont tué le PEQ”, assène Omar, un jeune diplômé arrivé au Québec en 2019. “Je connais beaucoup de personnes qui ne veulent déjà plus étudier ici”, poursuit-il. Marocain d’origine, Omar a obtenu son DEP (Diplôme d’études professionnelles) en soutien informatique en août 2020. Il est ainsi parmi les derniers à bénéficier du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) avant sa réforme.

Pour tous ceux qui ont reçu et recevront leur diplôme après le 31 décembre 2020, s’installer au Québec sera plus difficile et surtout plus long. Pour obtenir la résidence permanente, il faudra compter entre un an et demi et deux ans de plus qu’avant. Sans oublier les ralentissements de traitement entraînés par la crise sanitaire.

“C’est beaucoup trop long ! Surtout si l’on compare avec les autres provinces”, dénonce Omar. Ailleurs au Canada, on peut en effet obtenir la résidence permanente en six mois après le diplôme. Au Québec, il faut maintenant compter entre trois et cinq ans.

Voie royale

Avant la réforme, le PEQ était ainsi une voie d’accès simplifiée à la résidence permanente, et donc à la citoyenneté. Instauré en 2010, il accélérait les démarches des immigrés déjà installés, car on les estimait bien intégrés grâce à leurs études. Si bien qu’ils pouvaient entamer leurs demandes de résidence permanente directement après avoir obtenu leur diplôme.

Pour beaucoup, il était un modèle de réussite en matière d’immigration. “C’était l’idéal pour notre société. La majorité des diplômés du PEQ trouvent un emploi facilement”, estime Nabil Hallaji, consultant réglementé en immigration. En 2019, environ 5000 diplômés ont ainsi été sélectionnés par le Québec, selon les données du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Histoire d’une réforme

Seulement, cette voie royale est peu à peu devenue problématique pour le gouvernement, alors récemment élu, de François Legault. Pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre, il entend “sélectionner des personnes dont l’intégration au marché du travail et à la société québécoise, sera assurée à moyen et long terme”, explique Arianne Méthot, porte-parole du MIFI. La crise sanitaire est devenue un argument de plus.  

Été 2019. Après avoir en partie suspendu le PEQ, le Québec propose de réformer tout le programme en novembre. Instantanément, les critiques fusent. Des immigrés jusqu’aux entreprises, en passant par les universités. Certains sortent dans les rues, d’autres écrivent des tribunes ou militent pour empêcher ce programme de changer. Face à une telle pression, le gouvernement fait marche arrière après quelques jours seulement.

Le 28 mai 2020, alors que le monde se relève de la première vague de la pandémie, le MIFI annonce une version assouplie de la réforme. Les contestations reprennent, plus lentement cette fois-ci, demandant au moins que les étudiants déjà sur place soient exemptés. La réforme est partiellement amendée en ce sens le 9 juillet 2020.

Rejet

Mais les termes principaux demeurent et elle reste impopulaire. En plus des délais rallongés, on critique le fait que les diplômés devront avoir accumulé entre 12 et 18 mois d’expérience de travail à temps plein (stages compris) dans des catégories d’emplois qualifiés. Ce qui exclut un grand nombre d’emplois peu qualifiés (boucher, serveur, aide-infirmier, etc.).

Pour Nabil Hallaji, cette réforme pourrait surtout faire fuir les étudiants étrangers. “Entre la loi sur la laïcité, les différentes moutures du PEQ et les autres changements en immigration, les talents internationaux risquent de ne plus venir”, explique-t-il.

Entre la loi sur la laïcité, les différentes moutures du PEQ et les autres changements en immigration, les talents internationaux risquent de ne plus venir

Nabil Hallaji, consultant réglementé en immigration

Omar abonde en ce sens. « Je ne serais sans doute pas venu si la réforme m’avait touché. Le gouvernement du Québec ne montre pas qu’il veut que les étudiants restent », regrette le jeune diplômé. Il met d’ailleurs en garde ceux qui veulent étudier au Québec et obtenir la résidence permanente. “Je leur recommande de choisir un diplôme qui donne le plus de chances de trouver un travail et d’être sélectionné”, détaille-t-il. Sinon, il leur conseille de se rendre dans une autre province canadienne soit dès l’arrivée sur le territoire, soit juste après l’obtention du diplôme.

Stress

Si ce nouveau PEQ a pour effet de compliquer l’immigration permanente aux futurs étudiants étrangers, il ne faut pas oublier ceux qui sont déjà sur place. Les multiples revirements du gouvernement ont effet été une source d’insécurité pour beaucoup.

“L’immigration cause beaucoup de stress. Avec les autres étudiants étrangers de mon programme, on a eu très peur quand on a cru qu’on n’aurait pas accès au PEQ”, raconte El Ghali. Venu du Maroc en décembre 2018, le jeune homme attend désormais sa résidence permanente.

“Un consultant m’a aidé à trouver un diplôme adapté et qui me donnerait accès au PEQ. Mais une fois arrivé et mes études commencées, j’ai appris que mon diplôme n’était plus admissible”, raconte celui qui est aujourd’hui titulaire d’un DEP secrétariat. S’il a eu la chance d’éviter la réforme, il va devoir attendre plus de deux ans pour recevoir sa résidence permanente.

Le PEQ, qu’est-ce que c’est  ?

Au Québec, l’immigration est une compétence partagée entre les gouvernements québécois et canadien. Cela implique qu’avant de demander la résidence permanente, il faut obtenir le Certificat de sélection du Québec (CSQ). Le PEQ est un des deux programmes québécois permettant d’avoir ce document.

Qui a droit au PEQ ?

Il faut déjà vivre dans la province et avoir un bon niveau de français pour être admissible. Il s’adresse :

  • aux diplômés du Québec
  • aux travailleurs temporaires qualifiés

Combien de temps ?

  • Jusqu’à 6 mois pour la demande de CSQ
  • 26 mois pour la résidence permanente (en date du 17 janvier)

>> Pour en savoir plus sur les conditions d’accès au PEQ — volet Diplômés

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