Episode 4/17. Ils ont réussi, créent et s’épanouissent. Nés ou vivant à l’étranger, certains ont le Maroc chevillé au corps, d’autres un lien plus ténu, sans pour autant avoir coupé le cordon ombilical. Tous ont de belles histoires.

Assaâd Bouab, Marock forever

Dans la série à succès Dix pour cent, diffusée sur France2, il incarne Hicham Janwoski, un patron tyrannique et manipulateur. Ce rôle le fait découvrir du public français, mais chez nous on le connaît surtout grâce à Marock, film de Laïla Marrakchi où il crève l’écran pendant quelques minutes en voleur de scène. Avec un minimum de gestes consolateurs et silencieux pour sa sœur dans le film, Morjana Alaoui, on ne voyait plus que lui.

Assumant ses canines saillantes dans nos colonnes, il se positionne sur une filmographie éclectique qui va du local de Whatever Lola wants de Nabil Ayouch à l’international de Queens of the desert de Werner Herzog, en passant par un rôle alimentaire dans Kaboul Kitchen. Il est annoncé au casting de l’adaptation cinématographique de Chanson Douce, le roman de Leila Slimani.

Yassine Belattar, à l’open mic, un banlieusard

D’aucuns l’affublent de la fonction officieuse de “porte-voix des banlieues”. Yassine Belattar, 37 ans, humoriste à la gouaille acerbe, est devenu un des visages médiatiques des Français nés de confession musulmane dont il prône l’intégration au sein d’une société française fracturée.

Son style plaît jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. On le dit proche de Macron et François Hollande est venu le voir sur scène en mai 2015 au Bataclan. Taxé de jouer “double-jeu”, du fait de sa double nationalité, par Éric Zemmour, l’humoriste et animateur-radio est amateur des polémiques, dont il se nourrit même quand il n’en est pas l’initiateur.

Sauf sous nos cieux. “Je me fais discret au Maroc, il faut dire que je n’ai pas un discours très policé”, a-t-il précisé. Sans toutefois avoir le doigt sur la couture du pantalon comme Jamel Debbouze quand il s’agit du royaume. Ce qui est tout à son honneur.

Bouchra Khalili, l’art enragé

Cérébrale, parfois austère, mais ô combien nécessaire, l’œuvre de cette native de Casablanca, élevée entre le Maroc et la France, se joue des codes et des représentations. À 44 ans, la plasticienne mêle installations vidéo, photographies et sérigraphies autour de plateformes abordant tant des récits singuliers de migrants que l’injustice ou le capitalisme mondialisé. En 2018, une importante exposition lui est consacrée au Jeu de Paume, à Paris, où son travail sur l’exil a intéressé la critique.

Latifa Echakhch, Duchamp des possibles

Pour paraphraser le théoricien américain Hakim Bey, l’œuvre de la plasticienne Latifa Echakhch expérimente son existence dans l’immédiat. Loin des clichés de la Maghrébine de service, l’artiste née à El Khnansa a réussi à s’imposer dans le domaine de l’art contemporain avec un travail onirique et politique. Basée entre la Suisse et la France, l’artiste de 45 ans a exposé ses œuvres à la Tate Modern de Londres, au Centre Pompidou et au Museum Haus Konstruktiv de Zurich. Elle a décroché en 2013 le prix Marcel-Duchamp, l’une des plus prestigieuses distinctions en art contemporain. La plasticienne est représentée par deux galeries, Kamal Mennour (Paris et Londres) et Dvir (Tel-Aviv et Bruxelles).

Hamza Al Farissi, habemus Rapam

Rap, hip-hop, R&B, dancehall, chant… ce jeune rappeur belgo-marocain est un touche-à-tout. Surnommé “Sauce God”, il cumule des millions de vues sur sa chaîne YouTube. Depuis les sorties remarquées des mixtapes H24, en 2015, et plus récemment Life, dévoilée en 2018, Al Farissi est adoubé par la critique, à 24 ans seulement, comme l’une des valeurs sûres du hip-hop belge. Lui se revendique avant tout d’un rap “francophone” s’inscrivant dans un espace linguistique large. Il en exprime la quintessence dans une interview au Point:On m’écoute aussi bien en Belgique qu’en France, mais aussi en Afrique subsaharienne, et bien sûr au Maghreb”.

Najat El Hachmi, entre deux rives

Cette écrivaine catalane originaire de Nador entame sa carrière avec un essai autobiographique autour de la double nationalité et du rapport à son pays natal: Moi aussi, je suis catalane. Son Maroc, comme elle le définit, c’est le “Maroc émigré qui se reformule dans les terres catalanes, qui se transforme en quelque chose de nouveau”.

Suivra son premier roman, Le dernier patriarche, un best-seller traduit dans plusieurs langues. Lauréate du prix Ramon Llull en 2008, la plus prestigieuse distinction littéraire catalane, Najat El Hachmi construit une œuvre majeure autour de la condition féminine. En 2015, elle publie La filla extranjera (La fille étrangère), puis, trois ans plus tard, Mare de llet i mel ( Mère de lait et de miel), un roman très largement inspiré de la vie de sa mère, Fatima.

Achmed Akkabi, l’Oranje du Maroc

Né à La Haye, Achmed Akkabi, 35 ans, a fait son chemin. Si ce fils d’immigrés marocains est apparu pour la première fois à l’écran en incarnant un épicier maghrébin pour une grande chaîne de supermarché, il a été au casting de Whatever Lola wants de Nabil Ayouch, avant de briller dans le feuilleton fantastique néerlandais La maison d’Anubis. Il joue dans Rabat, “un film autour du Maroc, de la jeunesse et de la différence”, précisait-il en 2012 lors d’un séjour au Maroc pour promouvoir ce long-métrage.

Aujourd’hui, il tient le premier rôle dans la série à succès Mocro Maffia, qui met en scène la réalité des gangs marocains rivaux d’Amsterdam et d’Anvers. Les acteurs y parlent souvent en darija. En décembre 2018, Achmed Akkabi est violemment pris à partie sur les réseaux sociaux par des personnes de sa communauté, qui lui reprochent d’avoir campé dans le film Chez nous un homosexuel marocain. Certains vont jusqu’à le menacer de mort.

Abdellah Lasri, this is the Voice

Le 18 avril 2019, son bel canto lui a valu les applaudissements nourris du théâtre Mohammed V de Rabat. Ce soir-là, le ténor marocain Abdellah Lasri jouait l’un des plus beaux airs d’opéra. Celui où le peintre Mario Cavaradossi tente tant bien que mal de ménager la jalousie de sa maîtresse, la cantatrice Floria Tosca, dans le premier acte de Tosca de Giacomo Puccini. Un come-back triomphal pour celui qui avait quitté le royaume pour devenir, une dizaine d’années plus tard, l’un des rares ténors marocains à sillonner les opéras du monde.

Rachid Santaki, objectif sans-faute

En 2007, TelQuel l’incluait dans sa liste des 50 qui feront le Maroc de demain, en raison des interviews des stars du sport et du showbiz français qu’il a faites pour son magazine 5 styles. Depuis, la réputation de ce journaliste et auteur de polars a dépassé son département d’origine en France, le 93. D’autant qu’il organise, en 2018 et en 2019, les plus grandes dictées au monde au Stade de France. Un millier de personnes s’étaient élancées, stylo en main, pour affronter celui qu’on appelle désormais le “Bernard Pivot des banlieues”. Un succès entré dans le Guinness des Records, qu’il compte rééditer au Maroc, à Marrakech précisément, où il a passé ses cinq premières années. Cette fois-ci, exit les textes du XVIIIe siècle, place aux mots français d’origine arabe.

Mohamed Hmoudane, il est vivant le poète

Dans son Dictionnaire des Ecrivains Marocains, Salim Jay définissait Hmoudane comme étant “une sorte de fils naturel de Khair-Eddine”. Bien que résidant en France depuis 1989, l’écrivain conserve des liens étroits avec son pays natal, comme en témoigne le titre de son livre Le Ciel, Hassan II et Maman France, paru en 2010, à travers lequel il pose bien la question de la frontière. Après deux romans, il publie en 2015 un recueil de poèmes, Plus loin que toujours, où il décrit son passage dans dans des villes qu’il a sillonnées: Marrakech, Casablanca, Tanger et Bruxelles.

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